Difficile de se faire un nom pour soi-même lorsqu’on est le fils ou la fille d’une grande célébrité, en être l’héritier est parfois une tâche difficile à assumer lorsqu’on essaie de ne pas reproduire le schéma parental. Alors imaginez lorsqu’on est « la sœur de ». Certes, il n’y a pas de filiation parents-enfants à perpétuer mais dans une fratrie c’est à celui qui projette la meilleure image et dégage une forte personnalité, le plus talentueux de tous qui obtiendra la consécration. On a déjà pu s’en rendre compte avec la famille Jackson. Mais Solange, c’est une autre histoire. Outre la ressemblance physique et vocale avec sa sœur Beyonce Knowles(-Carter ?) léguée par les liens du sang, cette graine de star qui se la joue solo a certainement du talent à revendre. Maintenant arrivée à l’étape décisive du second album, baptisé Sol-Angel & The Hadley St Dreams, Solange vient apporter un élément qui manque cruellement au r&b contemporain : un bol d’air frais !… dans un arc-en-ciel néo-électro-rétro.
Pour ne rien faire comme tout le monde, et on ne s’en plaindra pas, Solange a fait appel à des virtuoses de la production, plus réputés pour leur qualité d’artistes que pour le nombre de bangers qu’ils produisent annuellement. Le premier que je peux citer s’agit de Jack Splash (Alicia Keys, Estelle, Plantlife…), qui illumine le monde en expansion de la jeune chanteuse, dans un style Motown des sixties et seventies revisité des plus réussi, comme cette « Ode To Marvin » qui reprend la rythmique du standard de la soul, j’ai nommé « What’s Goin On ». Cee-Lo participe d’ailleurs à l’écriture de « T.O.N.Y. ». À elle ensuite de s’occuper de la partie chant, qui aurait pu nécessiter de quelques ajustements pour donner un aspect plus ‘professionnel’, comme c’est le cas de son aînée. Les Neptunes (c’est-à-dire Pharrell) semblent méconnaissables à la réalisation du single « I Decided », il faut tendre l’oreille sur le pianotage pour percevoir leur empreinte entraînée par des claps en continu. Le détenteur du Grammy Award du meilleur producteur 2008, Mark Ronson, a conçu avec la participation de la figure légendaire Lamont Dozier une chanson sur-mesure pour Solange, « 6 O’Clock Blues ».
Comme préfigure le premier morceau soul spatial « God Given Name », Sol-Angel & The Hadley St Dreams propose une orientation vers de l’électronica lounge, que l’on retrouve sur le réjouissant « Valentine’s Day ». « Cosmic Journey » en duo avec Bilal va encore plus loin dans l’expédition, en totale apesanteur, de l’anticonformisme pur. Rarement a-t-on pu entendre quelque chose de semblable dans le domaine de la soul/r&b ce millénaire. Dans le domaine de l’« inentendu », Solange élargit son rayon en ‘samplant’ les Boards of Canada sur « My Bird ». Drôle de mélange, c’est absolument inhabituel pour l’amateur de r&b lambda. On peut saluer la prise de risque.
Cette moitié de Beyoncé tire son épingle du jeu en construisant un univers sonore qui lui est propre, une identité musicale soul/r&b volubile, à part, qui la démarque sensiblement de sa grande sœur, et du reste de la production r&b actuelle (qui dérive dangereusement vers la pop). Ne cherchez plus la comparaison après ça, son évolution n’en sera que plus intéressante les années qui viennent.

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