Suprême NTM « Le Best Of » @@@@@


Quand Youssoupha scande « tu n’as jamais écouté de rap français », les b-boys qui ont vécu le Hip Hop en France depuis le début des années 90 ont de quoi rire ou se sentir indignés. Il y a ceux qui disent aussi « laissez la place aux jeunes », mais quand les ‘anciens’ regardent une génération qui ne défend plus le Hip Hop, qui entretient ses clichés et qui laisse les maisons de disque en faire leurs affaires… C’est triste à voir. Que ce soient ceux qui font du rap de rue, les artistes signés en major (qu’on assimile faussement à des poids lourds), qui représente véritablement ? Tout est segmenté, chacun est retranché dans son département, refont ce que les américains ont fait cinq ans plus tôt…Chacun pour sa gueule. Que reste-il à faire ? À part critiquer les Fatal Bazooka, Kamini, Tony Parker ou Koxie, il faut sérieusement songer à resserrer les rangs et raviver l’esprit Hip Hop et revenir à des choses concrètes. Plus facile à dire qu’à faire…

Et à ce moment de doute, le Best-Of du Supreme NTM arrive presque miraculeusement dans les bacs en cette fin d’année 2007. D’habitude, un best-of, ça n’a pas trop de valeur usuelle. Bizarrement en ce qui concerne celui-ci, c’est plutôt l’impression d’avoir la mémoire audio d’une décennie de Hip Hop français débarquer devant nous. Les passionnés de rap qui espéraient un retour des NTM après leur Clash de 2001 (un album de remixes qui confrontait le B.O.S.S. et les IV My People) ont de quoi se faire une raison avec ça. Cet album n’a pas seulement pour but de faire l’éducation rapologique des jeunes d’aujourd’hui (rien de moralisateur là-dedans), ni de réveiller les souvenirs d’un rap réellement revendicateur et énergique qui n’avait rien à envier à son cousin américain, mais de montrer ce qu’était le Hip Hop par ceux qui lui ont fait vivre ses plus belles heures. Car quand on pense au Supreme NTM, pas pour jouer les vieux nostalgiques n’est-ce pas, on se rappelle que le Hip Hop est une musique et une culture qui revendique en métissant la richesse littéraire française à l’argot des jeunes des cités, des textes qui osent briser les tabous comme on fracture des tibias, faire éclater la réalité comme on explose une porte blindée, avec une fougue sans commune mesure qui motive les foules à provoquer les médias et le gouvernement. 

Kool Shen et Joeystarr du groupe ‘Nique Ta Mère’, il y a environ vingt ans de ça, c’était juste deux jeunes issus de la banlieue de Seine Saint Denis qui taggaient des trains et freestylaient sur Radio Nova. Fin des années 80, « Je rap » sur la compilation Rapattitude fut le commencement de quelque chose d’immense, d’historique, les deux premiers mots d’un mouvement qui allait révolutionner la musique en France. À cette époque, l’Hexagone connaissait le Hip Hop au travers des émissions de Sydney et les groupes de rap américain, qui faisaient d’ailleurs scandale, comme les Run DMC, N.W.A. et Public Enemy par exemple. Mais jusqu’à cet instant, personne n’a entendu de rap français. Après IAM de la planète Mars en 89, les NTM signent en major (chez Epic) et se lancent aussi dans l’inconnu en apportant une musique totalement inédite, insolente, Authentik, tel est le titre de leur premier album sorti en 1990. Un tremblement de terre : le prophétique « Le Monde De Demain », leur premier maxi (samplant Marvin Gaye), suivi de « Authentik Remix » aux flows hachés comme des mitraillettes (BPM élevé oblige). Le cocktail Molotov d’une jeunesse en péril est lancé, incendiant une presse qui a tout fait pour empêcher l’émergence d’un tel courant musical. Mais plus rien ne pouvait les arrêter, la rébellion est sonnée.

1993, c’est parti pour un nouveau massacre avec J’appuie sur la gâchette, l’album qui allait asseoir encore plus la réputation sulfureuse des Supreme NTM et leur image de mauvais garçons. Plus personne de nos jours n’oserait refaire ce qu’ils ont fait avec ce disque. C’est comme les sketches des Inconnus, qui auraient eu le culot dans les années 2000 de se moquer comme eux l’ont fait ? Avec les NTM, c’est pareil. Rien que la bombe à retardement « Police » leur a causé de sacrés emmerdes avec la justice, et les médias ont continué de leur véhiculer une image négative. Même le Ministère AMER avec « Brigitte Femme de Flic » et « Sacrifice de Poulet » n’ont pas un dixième de cet impact. Contrepartie de l’histoire, ce second disque se vend mal. . Deux ans plus tard, après les balles, les NTM moins DJ S sortent le classique Paris Sous Les Bombes. Une séparation ‘pour le meilleur’ racontée sur leur morceau « Tout n’est pas si facile », un tube imparable avec l’égotrip funky « La Fièvre », une storytelling amusante devenue incontournable, et « Qu’est-ce qu’on attend », leur hymne à chaud, tel est le tryptique annoncé. L’album en lui-même possède une veine soul/jazz qui n’a rien à envier à Pete Rock, la référence américaine. Les NTM continuent irrésistiblement leur montée en puissance, Kool Shen plus hardcore que jamais avec « Plus Jamais ça », un brûlot anti-FN mythique, complémenté par un Joeystarr au tempérament plus animal s’affirme complètement avec sa voix rauque. Nos deux têtes brûlées y posent aussi un « Pass pass le oinj », leur célèbre ôde à la fumette, en prenant un malin plaisir à se rebeller contre les autorités bien échauffées par la controverse de « Police ». L’album s’écoute à un demi million d’exemplaires vendus. La machine est en route, le mythe peut enfin commencer. Avec en bonus, une participation sur le remix de « Affirmative Action » de Nas.

1998 marquait le début de la fin avec leur album éponyme et dernier monument, Suprême NTM, sur lequel ils allaient bâtir leur légende. La notoriété du duo n’est plus à faire et le succès est à la hauteur de leurs performances et de leur énergie. Le 93 a désormais un hymne avec « Seine Saint Denis Style », Kool Shen rend un hommage nostalgique au Hip Hop avec « That’s My People», Joeystarr introspectif lorsqu’il parle de sa relation avec son père sur « Laisse pas traîner ton fils », le hit ragga salace « Ma Benz » révélait DJ Spank à la production et Lord Kossity. On garde encore en tête ce refrain complètement dingue… Les NTM étaient à leur apogée, leur domination sans équivoque, leur instinct bestial inégalé, livrant un message qui s’est propagé comme une onde destructrice… Comment oublier ces belles heures du rap français, comment ne pas regretter leur séparation… Et à tous les jeunes qui découvrent le rap aujourd’hui, voici ce qu’était le Hip Hop français dans les années 90, et ce qu’il aurait dû continuer d’être à l’heure qu’il est. Beaucoup de choses ont changé depuis, et hormis les Lunatic qui ont brièvement repris le flambeau avec Mauvais Œil, quel groupe peut se targuer d’avoir sorti un authentique classique rap français d’une telle ampleur ?

A noter que deux des 22 plages de ce best-of (à posséder absolument, cela va sans dire) sont extraits de leur live au Zenith de 98 (« Qui paiera les dégâts » et « Pass pass le oinj »). L’édition Collector (vivement recommandée) rajoute un DVD incluant 30 minutes de concert avec les NTM lors de leur passage à Avranches en 97, ainsi que quatre morceaux inédits (dont « Aiguisé comme une lame » feat Raggasonic et « Come Again 2 »).

Suprême, un adjectif qui signifie tout ce qu’ils représentent, et NTM, trois lettres pour définir un des plus grands groupes de rap français, une enseigne, un emblème, une école.

 

(Chronique écrite le 18 Décembre 2007 pour Rap2K.com)

4 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Kizza dit :

    Tu leur rends un bel hommage :)
    Je crois que l’album Supreme NTM fut mon premier album de Hip Hop, offert par ma soeur qui n’aimait pas le Hip Hop, j’crois qu’ça veut tout dire ! Je l’écoutais en boucle, aussi bien pour les lyrics que pour les instrus bien musicaux. Mon son préféré reste That’s my people, le sample de Chopin est vraiment beau et Kool Shen le fracasse en lâchant sa putain d’verve depuis ses tripes, un magnifique son comme il s’en fait plus :)

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  2. Sagittarius dit :

    Je pense que c’est simplement une question de feeling, avec toi ça ne prend pas.

    Je pense que même si je leur cherchais des défauts (je ne les aimais pas durant ma jeunesse), je les kifferai pour ce qu’ils ont apporté.

    Ils ont ptet une image de beaufs parce qu’ils ont pris l’âge, dix ans sans rien faire… Après c’est vrai que Joeystarr est super bourru et pas toujours compréhensif qd il gueule. Pis à leurs débuts, ce n’était pas trop ça encore le rap en France, les NTM c’était spontané et énergique.

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  3. YMustUBelieve dit :

    Sagittarius, dis moi toi qui sais tout,
    J’aime les premier sons d’IAM, Les Sages Po, La Cliqua, je suis fan d’A Tribe Called Quest, Pete Rock et je connais une quantité énorme de groupes US des 90s, alors pourquoi je peut pas saccer NTM?

    Pourquoi j’ai l’impression que même sur les excelents instrus de Paris-SLB, ils n’ont pas de flow?
    Qu’ils chantonne plutôt que emceeier?
    Qu’ils ne crache pas les syllabe, mais qu’ils font comme si c’était un slow quand ils sont jazz et comme si c’était du twist d’eddy mitchel quan ça secoue plus?
    Qu’ils ne grouve pas?
    Qu’ils n’ont aucune classe, et sont responsable de l’image beauf du Hip Hop?
    Qu’il ne sont pas subversif mais démago?

    Suis-je maudit?

    Je crois que ça vient d’une maladie et c’est contagieux, j’ai un pote qui est pareil.

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  4. baller38 dit :

    Tout une époque. J’ai commencé à écouter du rap avec eux…

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