Regardez bien cette photo prise du dessus pour illustrer le titre Music to Drive By des Compton’s Most Wanted, ce qu’on ne voit pas à hauteur de vitre. Chaque détail compte : la bouteille d’alcool dans du papier kraft, le flingue entre le siège conducteur et passager… Bienvenue dans les ghettos de L.A. en l’an 9-deuce, où le taux de criminalité crevait le plafond, avec votre conducteur de lowrider MC Eiht. Le rap californien est fait pour rouler avec, c’est un fait. Mais une spécialité locale d’assassinat est le « drive-by shooting », c’est-à-dire se mettre à hauteur d’un conducteur, son passager ou d’un piéton, et lui tirer dessus depuis sa caisse. C’est comme ça que Notorious BIG et 2Pac se sont fait buter.
H-1 avant le G Funk, les instrus signés DJ Slip et DJ Mike T (disparu début janvier 2026) se basent encore sur des fondations rudimentaires et les textes se passent de refrain, vraiment rap à l’ancienne. Mais qu’il fait chaud malgré tout sur cette localité de Californie dès l’ouverture « Hit The Floor »… Tiens, au fait, il n’y a pas 2 rappeurs dans les CMW? Bah si, mais il se trouve qu’au moment d’enregistrer ce classique, Tha Chill (le 2e rappeur) était en zonzon. Tant pis pour lui, on fera sans. D’être l’unique rappeur de ce troisième LP a rendu les choses très aisées pour MC Eiht de se lancer dans une carrière solo par la suite.
« Hood Took Me Under » est LE morceau phare des CMW, le plus célèbre, et rendu archi célèbre grâce aux radios de GTA San Andreas. Merci le sample de guitare électrique d’Isaac Hayes pour l’ambiance qui fait transpirer la nuit. Deux autres titres samplent encore Isaac Hayes, « N****z Strugglin » et « Another Victim ». Il y avait nettement moins de soucis de sample clearance durant cette glorieuse époque… MC Eiht impose sa présence au micro avec un débit qui décapite les syllabes lentement, ce qui lui donne ce style mortel, quand les beats semblent paisiblement funky ou bien un peu rock comme sur le terrible « Dead Men Tell No Lies ». Il avait vraiment son truc, comme son iconique gimmick « Gyeah ». A noter la présence dans les crédits un certain ‘Masta Ric Roc’ mais qui n’a rien à voir le Rick Rock que l’on connait, celui qui a produit pour Jay-Z et E-40. Notons aussi la présence imposante de Scarface (des Geto Boyz) sur « N 2 Deep ».
Le rappeur balance pas mal de piques à son voisin DJ Quik disséminées ça et là. C’était chaud/froid, ça se dissait à mort entre ces deux mecs durant les années 90. Mais Eiht réserve aussi un diss à cet emmerdeur de Tim Dog, en lui répondant à son « Fuck Compton » par un « Who’s Fucking Who? ». Passé ces purs moments de gangsta-rap westcoast pré-G Funk, le final « Music To Drive By » : shout-out à tout plein d’autres rappeurs qui faisaient parler d’eux en 92, dont la jeune star montante Snoop Doggy Dogg et les gars de Houston sur un sample de funk brésilienne (« Los Alamitos » de Gene Harris). Inutile de dire que cet album est essentiel dans sa discographie de passionné de rap westcoast ou gangsta rap de manière générale, pour la culture et pour l’histoire.
LA NOTE : 18,5/20


Postez vos avis!