Vu leurs atomes crochus, il était évident que ces deux hommes allaient finir par se rapprocher à un moment donné, et ce moment est arrivé, par deux fois : été 2022 avec The Elephant Man’s Bones et fin 2024 avec The Skeleton Key. Avec deux approches un peu différentes pour des ressentis différents…
THE ELEPHANT MAN’S BONES (2022) @@@@
C’était clair que, vu les réputations respectives de Roc Marciano et The Alchemist, les copies physiques de cet album allaient s’arracher en précommande en un rien de temps. Et bienheureux en sont les collectionneurs avertis, qui ont sûrement été surpris du résultat. D’abord parce que les instrumentaux d’Alchemist contiennent des beats pour la plupart (la proportion d’instru drumless est moins importante qu’on pouvait l’imaginer), ainsi qu’une multitude de sonorités/bruitages qui portent sa signature pour donner du rythme et un peu d’action aux boucles simples (« Trillion Cuts » par exemple).
Au total 14 tracks, assez courtes, pour 14 ambiances différentes à parcourir, avec des vibes soulful qui conviennent aux histoires de pimp de Roc Marcy (« Quantum Leap », « JJ Flash »). Des fois ce sont de longs samples qui s’enchevêtrent, un exercice peu commun, comme sur « Déjà Vu ». Alors oui justement les instrus ont un air de déjà-entendu (c’est plus approprié comme terme), mais c’est probablement lié au fait que ALC comme le rappeur new-yorkais sortent une grosse quantité de projets depuis plusieurs années. « Stigmata » et « Zip Guns » avec Knowledge The Pirate, semblent bien trop classiques en comparaison. Les apparitions d’Action Bronson et Boldy James paraissent trop prévisibles également.
Mais qui d’autre de mieux que Roc Marciano pouvait poser sur de tels instrus? Encore une fois, ALC a fait du sur-mesure, et même un peu plus pour Roc Marciano. « The Elephant Man’s Bones », « Rubber Hand Grip » ou encore « The Horns of Abraxas » et ses orgues étranges, qui convie le légendaire Ice-T en tant que narrateur et gage d’authenticité, offrent l’espace nécessaire pour les récits de Roc Marciano, avec des flows au sang froid qui serpentent incroyablement bien dans les boucles, les beats et nos esprits. La seule chaleur qu’il peut offrir, c’est le fond d’un verre de whisky, la peau d’une femme ou la balle d’un gun avec silencieux. La petite surprise du chef, c’est « Bubble Bath » avec un sample que des rappeurs de Queensbridge se seraient bien arrachés.
THE SKELETON KEY (2024) @@½
Dix titres, une vingtaine de minutes, aucun invité, le format de The Skeleton Key est plus maigre. L’album précédent avait un squelette plus complet, celui-ci est simplement un os, mais un os « clef ». Comment ai-je vécu l’expérience d’écoute? Comme lorsque j’étais coincé un après-midi à rien faire, où le seul divertissement est cette vieillotte série policière des années 70 au rythme lent et sans action, avec cette musique qui donne un semblant de suspens. Ben on croirait que Alchemist a ponctionné des trucs comme ça, et qu’il a planqué ses disquettes dans une armoire au vernis foncé en laissant la clef dessus. A croire que Roc Marciano raffole de ce genre de drumless beats-là, dans leur jus, et pas mal d’auditeurs aux goûts pointus, mais j’avoue ne pas savoir m’enjailler dessus tellement c’est… chiant. En voiture c’est l’assoupissement assuré, en extérieur avec des air-pods pas conseillé pour un footing, en concert je ne préfère pas imaginer la sieste collective. Chez moi, c’est l’angoisse de l’ennui.
The Skeleton Key a été le goutte d’eau, de tous ces albums drumless qui ont fleuri depuis dix ans. On vient de voir distinctement les grandes limites de ce sous-genre de rap avec ce spécimen, au point que Roc Marciano paraît faire partie de l’arrière-plan. Si vous aimez, tant mieux, mais là je passe mon chemin. Je suis bon public, mais là c’est beaucoup trop spécifique pour ce type de spiritueux.


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