Depuis le début de la décennie 2020, on voit réapparaître des rappeurs cinquantenaires ou plus maintenir leur activité pour remettre un peu d’ordre et conserver la place qui est la leur. Parce qu’il y a toujours un public pour eux, parce qu’ils ont toujours du jus, parce qu’après tout la retraite attendra, et aussi parce qu’on les aime et qu’on a besoin d’eux pour raviver notre flamme pour le hip-hop qui n’est plus que flammèche aujourd’hui. Des vétérans, de la première heure pour certains, font leur retour, pas toujours en grand certes, mais on prend : Rakim, LL Cool J, Ice Cube, Redman, The Pharcyde, le Dogg Pound, Xzibit, bientôt De La Soul et même, hum, Will Smith. Oui, lui aussi on a vu qu’il a repris du service au micro en enchainant des tournées et il a même sorti un nouveau disque. Bon, franchement, malaisant et ridicule son disque, en somme, inutile, au point que j’ai oublié le titre de son album. Le genre de chose que j’aurai pu laisser en « OK, vu ». Qu’il continue de jouer les influenceurs sur TikTok et Instagram. Mais lorsque j’ai vu le come-back de Slick Rick, un des plus grands et rares MCs de la galaxie, j’ai fait les yeux ronds.
Slick Rick. The Ruler is BACK, again. A 60 ans, presque 40 ans de carrière derrière lui. Personne ne l’a vu venir, personne n’y croyait, qu’il sortirait un projet incroyable dans un format assez particulier je dois dire. Le nom de ce cinquième album : Victory. Cela donne déjà une forte impression de hauteur. Sur son portrait en noir et blanc, une énorme bague de plusieurs centimètres carrés, son célèbre cache-oeil à moitié caché derrière ses mains. C’est bien lui, y a pas photo, royal. C’est Nas par le biais de son label Mass Appeal qui est l’instigateur de ce retour en fanfare avec sa série de sorties marketée ‘Legend Has It’ dont Slick Rick est le guest d’honneur. Quel putain de guest. Ce projet a nécessité environ deux années de préparation, enregistré en partie en Angleterre et en France (!), dure moins de 30 minutes. Slick Rick, qui produit quasiment tous les titres, a épuré au possible ce projet pour ne garder que l’essence. Et c’est pile ce qu’il fallait.
Les grosses caisses de « Stress » mettent tout de suite l’ambiance et l’interprétation de Slick dès qu’il prononce ‘stress’ donne des frissons. Ce flow nonchalant qui glisse comme nul autre, quel pied. Son storytelling retrouve toute sa grâce sur des titres auto-biographiques comme « Foreigner » et d’autres comme « So You’re Having My Baby », « Landlord ». Son flegme n’a pas pris une ride, c’en est insolent d’avoir une telle aisance en maniant les syllabes avec une telle délicatesse et fluidité, ça doit être ça ce qu’on appelle l’expérience d’un grand maître. Restreindre des titres sous la barre des 2 minutes ne fait qu’à mon sens renforcer le côté poétique de ses rimes. Et quand on coupe carrément le son pour le garder que le bruit ambiant de l’extérieur comme sur « I Did That », le respect devient exponentiel. Chaque parole de ce morceau très spécial, pratiquement du slam, est à mettre sur un piédestal, dans un cadre doré. Le RESPECT à l’état pur. Rick y retrace son parcours d’immigré, les grandes lignes de sa carrière un peu spéciale, l’influence majeure qu’il a eu sur la culture Hip Hop. Parce que sa vie, son oeuvre, c’est aussi un pan du Hip Hop. L’importance de Slick Rick, on en chialerait presque.
Ce format fait d’autant plus sens si on regarde la vidéo-documentaire (ci-dessous) qui accompagne l’album et qui a clippé la plupart des extraits (avec le petit caméo d’Idris Elba vers le tout début). En fait, chaque titre inspiré par une étape de sa vie et son environnement. Nasir Jones, quant à lui, s’offre un passage sur « Documents » sur un très joli sample. La question de savoir si la teinte est old school ne se pose même plus, c’est de la musique hip hop, point barre. Pas que de la musique hip hop en vrai, et ça me fait presque rire : il y a deux instrus typés house/dance (« Come On Let’s Go », « Cuz I’m Here »). Et ce daron-baron de Slick Rick qui débarque dessus avec sa détente habituelle comme un poisson dans l’eau. Ce n’est de l’élixir de jeunesse qu’il a bu, mais un philtre d’éternité ou quelque chose dans le genre. « Another Great Adventure » co-produit par Q-Tip et qui conclut le projet laisse planer le doute sur le point final.
C’est sûr que Victory est un projet clivant et peut laisser sur sa faim une partie des auditeurs; pour ma part j’ai adhéré au concept sans chercher à réfléchir et c’est très bien comme ça. A mon humble avis, je perçois VICTORY telle une couronne par-dessus sa carrière.
LA NOTE : 17,5/20


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