Lorsque j’ai écouté American Dream au début de l’année 2024, j’avais été agréablement surpris par cet album qui s’est écouté d’une traite, sans aucune difficulté. Une seule écoute, puis je ne l’ai pas réécouté depuis, je n’ai pas eu cette sensation de « reviens-y ». Au passage, il est assez ironique de donner un tel intitulé à ce troisième album quand on sait que 21 Savage a longtemps caché ses origines britanniques… C’est donc assez naturellement que j’avais l’intention de reparler de cet album à l’occasion de la ré-ouverture de sagihiphop.com.
Sauf qu’il y a un hic… Lorsque j’ai voulu remettre les oreilles dedans pour re-confirmer ma bonne impression ‘sans plus’ de départ, c’est que j’ai vu le nom de Metro Boomin apparaitre plusieurs fois en featuring et à la prod. Or, le producteur a été accusé par une connaissance en Octobre 2024 de viol et d’agression sexuelle alors qu’elle était inconsciente, suite à quoi elle a déclaré avoir avorté car enceinte. Comme à son habitude, la défense a argué qu’il s’agissait d’une manoeuvre pour extorquer de l’argent. Faute de preuve suffisante, un jury a déclaré Metro Boomin non-coupable. Ce qui ne veut pas dire que rien ne s’est passé et que la plaignante ait menti. D’où, désormais, mon boycott des albums dans lesquels ce producteur est impliqué de près.
Dans un contexte où il est réellement important et urgent d’entendre les paroles de femmes qui subissent harcèlement, agressions, viols, où plus d’une centaine de femmes par an se font tuer rien qu’en France, où les affaires sont classées sans suite ou sans réaction des autorités parce que la parole ne suffit pas, ce n’est franchement – mais alors franchement – pas grand chose de ne plus vanter les mérites d’un artiste, et de s’en foutre. C’est vraiment rien. Et tant pis si cet album de 21 Savage en subit indirectement les conséquences. Pas grave, on trouvera pareil ou mieux à kiffer.
Pour ce qui est d’évoquer aujourd’hui d’anciens albums d’artistes problématiques, la question se pose légitimement (sont concernés des types comme R Kelly, Chris Brown, Mystikal, Kanye West, P Diddy et j’en passe). Mon appréciation personnelle est qu’une fois que le mal est fait, documenté, l’envie d’écouter des nouveautés, ou même parfois de l’ancien, disparaît naturellement. Je laisse juste ce que j’ai déjà pu écrire par le passé, sans rien y toucher.
Je ne sépare pas l’artiste de l’homme, question d’éthique. J’estime qu’être talentueux, créatif ou avoir une notoriété, de l’influence ne justifie pas, ni excuse en rien des actes graves. Cela ne donne pas droit à une quelconque impunité. Il y a toujours un prix à payer. Et il n’y a aucune injustice à zapper des artistes ne serait-ce que problématiques, ça ne reste qu’un choix personnel. Les concernés salissent leur propre oeuvre, tant pis. Le temps dira comment je perçois les albums que j’ai aimé de ces artistes là, même si ça fait chier. Là, je n’avais plus envie d’écouter American Dream de 21, pour éviter aussi que Boomin touche des royalties. Cancel culture? Peut-être, et alors?


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