Sameer Ahmad « Perdants Magnifiques » @@@@@


Pendant les fêtes de fin d’année 2014, nous avions publié une sélection sur Now Playing Mag des meilleures découvertes rap français de l’année 2014. Si on avait attendu un peu plus pour diffuser cet article, Perdants Magnifiques de Sameer Ahmad (qui est sorti en Décembre chez la structure Bad Cop Bad Cop) aurait pu en faire partie. Quoique… il s’agit du quatrième album du rappeur montpelliérain d’origine irakienne, pas une découverte donc, dans le sens nouveau talent à suivre, mais une belle torgnole cela dit.

Recto, on est intrigué par cette pochette, présentant un masque de roi mésopotamien versant une larme noire. Verso, les titres de chansons semblent tout aussi énigmatiques. Aucun code habituel permettant d’associer ce disque à un album rap… Perdants Magnifiques s’ouvre avec « Genesis » sur un sample du film Donnie Brasco. Mais on pourrait déjà y trouver une référence à Illmatic de Nas, qui débute par une introduction du même nom avec aussi en bruit de fond une rame qui passe.

Ce n’est que l’ouverture d’un coffre au trésor qui nous illumine. Car Sameer Ahmad est un grand adepte des références culturelles comme musicales, un manieur de mots comme il en existe de plus en plus rarement. Comme pour ses précédents ouvrages, cet album est truffé de jeux de mots sous forme d’associations de termes ou d’expressions qui sonnent comme des révélations, un peu comme lorsqu’on découvre la clef d’une énigme, évidente, comme si elle avait toujours été sous nos nez:

« mon génie a pris de la bouteille »
« je fais du chiffre avec l’alphabet », repris plus tard en « faire du business en 26 lettres »
« je me rachète une conduite et je m’endors au volant »
« les erreurs coûtent cher, je le comprends en me rachetant »
« j’écris en marge depuis mes premières feuilles » (celle-là de Minuit en featuring sur le morceau-titre « P.M.« )

Aujourd’hui, je connais qu’un seul rappeur qui a fait rimer « C-Walk » (ces pas de danse inventés par les membres du gang des Crips à Los Angeles) avec « Siwak » (bâton d’arak utilisé comme une brosse à dents), et c’est celui qui se surnomme lui-même le « nouvel Yves Montand ».

Bien sûr, plusieurs écoutes seront nécessaires pour décoder ces formules qui auraient pu nous échapper mais quand on a compris comment fonctionnait son flow, on arrive à les détecter. De toute façon l’album est tellement riche textuellement, spirituellement aussi, qui plus est écrit avec les tripes, le tout concentré dans une courte durée, qu’on vient naturellement à passer Perdants Magnifiques en boucle. Pas étonnant non plus que plusieurs sites spécialisés l’ait considéré comme le meilleur album rap français de 2014.

On n’a pas évoqué la teinte musicale de l’album alors qu’elle n’a rien de secondaire. A la production, on retrouve Lartizan, Mr Ogz ou encore Skeez’up (si ces noms vous parle, sinon ils le devraient un peu). Les premier morceaux sont d’humeur bluesy, au sens musical du terme comme dans l’état d’esprit, « Deuxième du nom » très mystique avec ces sonorités hindous. « Hale Bopp » conclut l’album avec un beat de finish à la Just Blaze, comme c’était le cas sur Doctor’s Advocate de The Game ou plus récemment « Compton » de Kendrick Lamar. La texture musicale ne fait que renforcer l’identité très forte de Perdants Magnifiques, cet album, et son auteur, n’ont rien de comparable à l’heure qu’il est. L’artisanat français a du bon, qu’on se le dise!

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