Orelsan « Le chant des sirènes » @@@@


Lorsque le rappeur caennais a débarqué de nulle part, ou presque, dans le paysage rap français, les gens étaient sceptiques. Ils ont vite eu tort. Tout un élan de sympathie a poussé son premier album Perdu d’Avance vers les portes du succès. Lorsque la polémique autour de son morceau « Sale Pute » a servi des intérêts politiques, les gens ont cru que son avenir artistique était mort. Le Chant des Sirènes, son second album, est déjà disque d’or.

C’est sous les traits du vengeur masqué « Raelsan » que le rappeur tire un trait sur les obstacles rencontrés dans sa jeune carrière. Toute la négativité qu’il a emmagasinée, il la recrache dans la face de ceux qui voulaient le faire tomber. Le message est clair : si c’était à refaire, il le referait, sans aucun regret. En ôtant son masque, on se rend compte qu’Orelsan a changé. Pas seulement ses cheveux qui ont poussé et la trentaine approchante, le rappeur a gagné en confiance, il s’assume totalement en tant que rappeur. Son acuité visuelle s’en est vue exacerbée sur l’univers qui l’entoure, notamment le star-système. Il pose dessus son regard pénétrant sur « Le Chant des Sirènes », récit vu de l’intérieur de l’ascension et la chute d’un artiste manipulé par l’industrie du disque. Saisissant.

Sa lucidité accrue et son autodérision sont les ingrédients de ses récits. Avec lui, les tracas du quotidien, du sien ou du nôtre, prennent une tournure passionnante. Prenez « Double Vie », qui narre les mésaventures d’Orelsan trompant sans scrupule la fille avec qui il se voit vivre en couple. Et comment il se sent désemparé et con quand sa copine finit par le plaquer sur le morceau suivant (« Finir Mal »). Sans parler de « Des Trous dans Ma Tête », une extrapolation dans la réalité du fameux « tu t’es vu quand t’as bu » version Very Bad Trip. Puis il faut écouter avec quelle légèreté il raconte l’histoire cruelle de la « Petite Marchande de Portes-Clés ». La normalité a un visage grave avec lui, lorsqu’il retire le voile de l’insouciance. Pour ces raisons-là, oui, Orelsan est un très bon story-teller. Derrière son humour sombre et sa fausse naïveté se dévoile une personne relativement pessimiste et sensible en laquelle n’importe qui peut s’identifier d’une manière ou d’une autre.

Le caennais endosse aussi le rôle de chroniqueur d’une France qui marche sur la tête (« Plus rien ne m’étonne »), quitte à se brûler au deuxième, voire au troisième degré sur « Suicide Social ». Au premier degré, ce morceau enragé est une explosion de pensées sans tabou et clichés que chaque type de français pense tout bas. Au-delà de ça, les hurlements de son feu intérieur interpellent chacun d’entre nous sur la nocivité de nos comportements et nos agissements, et les malaises qu’ils provoquent dans la société. Et le dernier morceau de l’album ne nous remontera pas le moral. « Elle viendra quand même » nous achève par sa fatalité.

Sur une note plus gaie, Orelsan nous ramène vingt ans en arrière sur le old school « 1990 » (le clip à voir absolument est également du meilleur effet), du temps de notre jeunesse pour les adulescents que nous sommes, à cette époque sans téléphone portable ni Internet… La jeune génération actuelle se reconnaîtra plus dans le parallèle de « 2010 » et les sonorités dub-step qui apparaissent sur quelques instrus. En 2011, Le Chant des Sirènes, meilleur album rap français ?

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