Sat « Second Souffle » @@@@


En 2007, le rap marseillais peinait à relever la tête. Au retour des pionniers IAM avec Saison 5 et le succès solo du Psy4 charismatique Soprano, coup dur durant l’été : la Fonky Family annonçait leur dissolution, un an et demi après la sortie du correct Marginale Musique. L’occasion pour les membres du groupe de relancer leur carrière solo, en commençant une déception, celle de Jungle de Béton de Don Choa, trop orienté ‘dirty’ selon les critiques des auditeurs. 2008, année du rap en France ? Tout le monde semblait y croire. Pour le moment, les ventes des nouvelles sorties rap français sont faibles, trop faibles. Signe d’un Hip Hop en perte de vitesse ? La relation se fait d’elle-même… 2e cérémonie des Trophées du Hip Hop, un rappeur marseillais s’est grandement fait remarquer, Sat de la FF, pour son magnifique discours qui appelait à revenir aux vraies valeurs de la musique rap. Le message en public était lancé, dans l’espoir d’amener avec lui un Second Souffle, titre de son second album.

Dans le contexte actuel du rap en France, difficile de garder sa place tant que les médias ne prêtent pas main forte et quand on s’écarte de la tendance, appauvrissante. Trempant sa plume dans du « Sang d’Encre », l’Artificier commence ce disque par une remise en cause plutôt qu’un simple constat général. Voyez-là la nuance entre un rappeur lambda qui ne fait que relater des faits sans rien faire et d’un MC passionné déterminé à faire bouger les choses. Certes, ce premier morceau ne souffle pas aussi fort que la tramontane, mais suffisamment pour dépoussiérer des choses laissées à l’abandon. Celui qui se décrit comme « la rencontre d’un homme sage et d’un ptit con » sur « Secound Souffle » ne cache pas son amertume, cette impression que le monde s’écroule sous ses pieds depuis que les fondations du Hip Hop se délabrent. L’ambiance de cet album joue clairement dans les nuances de gris, si possible foncées, renforcées sur certains instrus par des samples de rock pour dévoiler le côté obscur de son monde, celui dans lequel on vit (« Le show continue » reprenant de manière flagrante le « Show Must Go On » de Queen), et ses rêves d’ « Un autre mondre » (avec la chanteuse américaine Shareefa des Disturbing Tha Peace). Entre le noir et le blanc, il y a le clip de « Marseille City », dans lequel Sat décolore la face cachée de la cité phocéenne, comme la pègre qui a régnée durant les trafics de drogue lors la French Connexion et qui s’est installée dans les quartiers Nord. La tournure s’assombrit toujours plus lorsque Sat considère les banlieusards comme le « Cauchemar de la France ». « Noir, c’est noir », comme disait Johnny.

 

Au nom des heureux souvenirs et d’une pensée pour sa mère, Sat utilise des échantillons de Soul qu’il affectionne tant, mieux, il travaille la forme en invitant des musiciens et une chorale pour évoquer le bon vieux temps, ces moments avec ses potes d’enfance du quartier. Mais après un interlude, l’ambiance sombre à nouveau lorsqu’il se pose la question de savoir « Que sont-ils devenus ? », logiquement le penchant négatif d’ « Au bon vieux temps ». Au rayon exercices de style, « L’abécédaire » est revisité à sa manière et « Dans le game » joue dans un registre à double tranchant, celui de faire un banger ‘à la cainri’ qui n’en est pas un : Sat pose des rimes acerbes sur l’industrie et ses artistes en paillettes par dessus un son dancefloor oriental (à la Scott Storch). Que ça passe ou ça casse, en tout cas, ça taille sec.

 

Parfaitement à l’image de la conclusion « A force de vivre », Second Souffle se veut mélancolique, nostalgique, au travers d’une introspection qu’il partage entièrement avec l’auditeur et des thèmes où l’optimisme n’a pas vraiment lieu malgré quelques sourires esquissés. Dans l’absolu, il s’agit d’un album porté par le cœur d‘un homme issu des âges d’or du Hip Hop, l’album d’un MC arrivé à maturité dans son art et qui a su rester vrai dans son attitude, peu importe les reproches sur ses choix stylistiques, un album rap français comme on aimerait plus souvent écouter, tant pis si ça ne vend plus comme avant. Un seul conseil : écoutez, puis jugez. Beaucoup pourraient se sentir concernés par son discours ou s’y reconnaître.

 

(chronique écrite le 27 Février 2008 pour Rap2K.com)

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