Baloji « Hotel Impala » @@@@@


Il y a des albums qui devraient commencer par la formule enchantée « il était une fois l’histoire d’un homme » et qui pourtant ne sont pas des contes de fées pour enfants. Cette présentation de Hotel Impala pourrait alors s’introduire par un « il était une fois Baloji, un artiste rappeur belge d’origine congolaise », avant de développer par la suite l’histoire d’une existence singulière racontée au travers de ce fabuleux disque.

Né sur les terres d’Afrique colonisées par la Belgique, Balo quitte le berceau du monde avec sa seule famille, son père, pour s’installer dans le Plat Pays, à Liège. Le début des violences au Congo au début des années 90 rime, par un concours de circonstances, avec la disparition de son paternel. Devenu alors orphelin, il passe une partie de son adolescence au sein d’une famille d’accueil, vouant son temps libre à sa passion, le Hip Hop. Il intègre le groupe de rap Starflam, le crew le plus emblématique de Belgique, mais les tensions avec les divers malfrats provoquent un nouveau déchirement et Balo finit par raccrocher le micro en 2003.

Lorsqu’un événement bouleversant va complètement chambouler sa vie : il reçoit en 2004 une lettre manuscrite de sa mère biologique. Trouvant enfin des réponses à ses nombreuses questions, le jeune homme se sent revivre et revient l’année suivante dans le monde du Hip Hop par le biais du Slam, puis notoriété faisant sous le pseudonyme Baloji, il entreprend la conception de son premier album…

Mais l’histoire de sa vie, c’est lui qui la raconte le mieux avec Hotel Impala, du nom du motel dont son père était propriétaire au Katanga et qui fut détruit durant les révoltes congolaises.

Au point de départ de sa chronologie, il était primordial pour lui de montrer sa fierté pour sa terre natale. Baloji pose un regard sur le paysage congolais et son histoire, dont il dresse le tableau sur le fédérateur « Tout ceci ne rendra pas le Congo ». Des confrontations ethniques aux temps coloniaux de l’époque de Leopold à la République Démocratique actuelle, s la lutte pour la liberté d’un peuple demeure encore et toujours prisonnier du sang, de la violence et de la pauvreté.

Troisième piste, nous quittons le Congo pour la côte belge. La musique nous mène à bon port sur le suave « Ostende Transit », sur lequel le rappeur étale la mesure de son exceptionnel talent d’écriture en décrivant des passions éphémères et tumultueuses par d’habiles figures de style et de rimes mûrement réfléchies. Les morceaux « Coup de gaz » et le métaphorique « Un dernier pour la route » narrent d’autres romances de ce genre. Ces différentes situations filmiques n’ont rien d’une comédie romantique ni d’un drame psychologique, juste des relations problématiques (grossesse non-désirée, peur de se lancer dans une  vie de couple,…) où les sentiments, la moindre sensation et les impressions par l’homme et la femme sont détaillés avec réalisme troublant afin de pouvoir s’imaginer la scène comme si nous en étions témoins.

Il n’y a pas que les poésies romanesques, un vocabulaire fourni et la force des interprétations venant du Slam qui font la somptuosité de Hotel Impala. C’est le moment de marquer une pause et faire le point sur la remarquable richesse musicale de cet opus, sublimée par une garnison étoffée entre Hip Hop, Soul et musique africaine, complémentée de très beaux refrains chantés, créant un arc-en-ciel chocolaté entre Hip Hop soulful (« La raison du plus faible », « Septembre » servi par un superbe sample), de chaleureux crossovers r&b/soul (« Coup de gaz », « Un dernier pour la route ») et même vibe Soulquarian (« Ostende Transit »), compositions acoustiques aux influences jazz et funk (« La petite espèce »), folk (« Entre les lignes », le chanté « Où en sommes-nous ? ») et l’exotisme des afro beats (« Heure d’été »).

Et il y a ce quelque chose d’indéfinissable qui vient s’ajouter au tout, ce facteur X qui provoque un envoûtement immédiat sur tous ceux qui presseront le bouton ‘lecture’, normal puisque ‘baloji’ signifie ‘sorcier’. Voilà, après ce paraphe d’ordre purement artistique, la chronique peut reprendre son cours.

Chaque chanson d’Hotel Impala est une étape clé de sa jeunesse, un repère temporel ou géographique. Baloji raconte sur une note enfantine son enfance pas si tendre en tant que fils adoptif sur « Le reste du  monde » et fait ressurgir la nostalgie d’un mois de « Septembre » douloureux, celle d’une adolescence tourmentée. La détresse, la souffrance et le chagrin n’échappent pas à notre sensibilité, quitte à nous rendre empathique. Vient le « retour au point de départ, comme au point de non-retour », comme il dit lui-même dans l’intro, à l’« Hotel Impala », puis « De l’autre côté de la mère », avec des réponses qui conduisent à un autre carrefour d’interrogations.

L’album se parachève par un mini-tour de Belgique d’est en ouest en trois haltes : « Liège Bruxelles Gand ». Le trajet commence par son « Point de chute », sur un beat doux aux influences new-yorkaises, guidé ensuite dans la capitale bruxelloise ; arrivée à Gand sur un remake de Lost In Translation en Flandres cette fois, bien ambiancé par un instrumental dancefloor gonflé en basse et en claps. Il reste un dernier chapitreà savourer, « Nakuenda », pour profiter des derniers instants en compagnie de ce lyriciste extraordinaire qu’est Baloji.

De l’intro parlée jusqu’aux dernières syllabes de « Nakuenda », l’auditeur devient à tour de rôle spectateur, confident, psychologue et touriste, littéralement suspendu à son flow et attentif à ses récits pour y découvrir Baloji comme dans un livre ouvert. Parcours initiatique, retour aux origines, voyage immobile, introspection libératrice, chef d’œuvre d’art eurafricain, qualifiez cet album comme vous voudrez, cette bande originale autobiographique n’est que le début d’une saga passionnante.

« Starflam, autre sujet volumineux, dont on en reparle dans le volume deux ». Vivement le prochain tome !

3 réflexions sur « Baloji « Hotel Impala » @@@@@ »

  1. Avec l’album Combattants des dixit Starflam, c’est assurément le plus grand album de Rap venu de Belgique. Et dans le top 10 des albums francophones. malheureusement une fois de plus, la France n’a pas les oreilles où il faut, dommage.

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