C’est vrai qu’elle fait un peu flipper cette photo de nos jumeaux enfants Hitekk et Nikkfurie, avec leurs iris noirs et marrons clairs… Dans la catégorie ‘OSNI’ (Objet Sonore Non Identifiable) du rap français, cette sortie indépendante mais majeure des années 2000 : Peines de Maures/Arc-en-ciel pour Daltoniens de La Caution.
Sorti au dernier trimestre 2005, la genèse fut plutôt longue puisque leur 1er extrait désormais culte « Thé à la Menthe » a d’abord été révélé en version instrumentale durant le numéro de capoeira entre les lasers de Vincent Cassel dans Ocean’s 12 en 2004. Merci Kourtrajmé pour la connexion ! C’est d’ailleurs cette boîte qui a réalisé le clip en question, avec les paroles cette fois. Oui il y a Ramzy dedans le clip du morceau. Cet extrait se retrouve sur le premier CD Peines de Maures, qui nous transporte dans un univers sonore très à contre-courant des productions rap FR de l’époque. Il n’y avait que de rares esthètes comme DJ Mehdi qui s’amusaient tant à concilier hip-hop et électro comme eux.
N’empêche, leur façon de décrire au vitriol leur vie dans les HLM de Noisy-le-Keus est saisissant. Les versets sont des molécules chimiques complexes et leurs flows ont une technicité incroyable, les 2 rappeurs/producteurs ont deux styles proches qui s’émulent et se complémentent. Entre la dure réalité de la rue et une lifestyle débridée (« Boite de macs », « Bancs de poison » avec China Moses, « Chômage, Voitures et Nuits Blanches… »), les artisans de La Caution savent aussi générer des tensions comme sur « Revolver » (avec sa prod à la Dr Dre) et « Club de Gym ».
Le second album Arc-en-Ciel pour Daltoniens, c’est encore un autre délire. Déjà ça commence fort, avec « Connasse », puis « Dernier Train » nous laisse voguer dans une mélodie électronique du meilleur effet. Il est vrai que ce CD navigue dans des teintes pop colorées comme l’amusant « Faut-Il », « Personne Fusible » accompagné d’une guitare aussi, « Class 87 » et « Focus » qui fait radio-friendly, totalement hors du temps. Mais attention, les débits syllabiques restent dangereux. De vraies bombes électro-soniques comme l’extrait « Code Barre » (qui a eu droit à un clip), « Comme un Sampler » et surtout, SURTOUT l’anti-flic « Je Te Hais » qui fout le bordel sur scène (mon souvenir de ce passage au Transbordeur lors de l’Original 2006 m’a bien défoncé).
Évidemment on pourrait passer des heures à décortiquer chaque titre en détail, textes comme prods, ou voir s’il y a un seul titre qui parait de trop (ne cherchez pas). Dingue comme rien n’a vieilli dessus, c’est toujours bigrement moderne. D’ailleurs, cela m’arrive de penser que ce double-album de La Caution est le meilleur double-album du rap français, haut la main.
LA NOTE : 18,5/20.


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