Parmi les albums hip hop bien old school, il y a ce classique ultime Paid In Full d’Eric B & Rakim, l’album préféré de tes rappeurs légendaires de tes rappeurs préférés (oui il y a bien plusieurs générations…). Nas y compris. C’est sorti en Juillet 1987. Comme c’est indiqué, c’est un duo avec le DJ/producteur Eric B et évidemment Rakim, le God MC avant que Jay-Z se considère comme le nouveau God MC en 2001. Car Paid In Full n’a pas été que le début de l’âge d’or du hip-hop, il a été sur le plan du emceeing une révolution
Il suffit de commencer par le mythique « I Ain’t No Joke » pour réaliser qu’il y a eu un avant et un après Rakim : plus de rimes, un flow ralenti, plus technique et plus fluide, plus « scientifique ». La fameuse science de la rime, le MC en était la majuscule. D’un coup, tout ce qu’il y a eu avant ça est devenu comme désuet. Tout est à garder dans ses lyrics, certaines phases sont même devenus des gimmick comme le fameux « Pump up the volume ». Evidemment ça sonne très old school, encore plus aujourd’hui, mais imaginez le changement à l’époque !
Niveau taf, c’est presque du 50/50 avec Eric B, copain de chambre du légendaire Marley Marl qui a prêté son studio pour enregistrer ce disque. Le producteur des deux signe quelques instrumentaux : « Eric B on the Cuts », démo de cet art oublié qu’est le turntablism, et « Chinese Arithmetic » sur un sample d’AC/DC. Là encore niveau instru, c’est une autre époque, où les MPC n’étaient pas encore démocratisées. Les rythmiques semblent maintenant surannées, tout comme certaines sonorités simplistes (je pense à « Move the Crowd »). Sur ce plan de la conception des beats, pas de révolution, pour le moment…
Dans ces 7 morceaux sans refrain, des monuments tels que « I Know You Got Soul », « Eric B is President » ou bien évidemment « Paid In Full » avec sa fameuse basse empruntée à « Don’t Look Any Further » de Dennis Edwards et Siedah Garett. Ah et « My Melody », il suffit de l’écouter une seule fois pour l’avoir dans la tête une semaine… Puis toute cette joaillerie, signe extérieur de richesse de tous les rappeurs qui veulent être pris au sérieux, dans les années 80 ça roulait sur l’or mais pas encore en yacht.
Paid In Full c’est en fait l’histoire d’un DJ (qui savaient manier des deux platines à l’ancienne) et un MC redoutablement affuté et complet, immensément talentueux. Des bases fondamentales ont été posées pour les dix ans à venir. Pour l’anecdote, certains l’ont vu dans « Wu-Tang an american saga », RZA s’était aussi inspiré de Rakim Allah pour son 1er blase Prince Rakeem. La mère d’ASAP Rocky aussi puisque le rappeur s’appelle Rakim. Puis Nas rappera son autobiographie sur ce morceau « UBR ». Vénéré par IAM chez nous, Akhenaton et Shurik’N ont été traumatisé dans leur jeunesse par le génie de Rakim.
Leur label Island phagocyté par Def Jam, Paid In Full sera dix ans plus tard réédité afin que chaque hip-hoper puisse en avoir une copie chez lui, peut-être sur sa table de chevet.
LA NOTE : 19,5/20


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