Chroniques Rap, Soul/R&B, Electro…

Disclosure « ENERGY » (Deluxe) @@@@¼


En attendant un vaccin ou un remède miracle contre le COVID, la frater Lawrence des Disclosure nous ont envoyé de l’ENERGY entre le premier et le second confinement. Cela n’a pas guéri la planète, ni rempli les dancefloors, car de toute façon les clubs étaient fermés pour éviter la propagation du virus dans les lieux clos. Néanmoins, à une période très critique de l’humanité, nos deux garnements nous ont apporté une bouffée d’oxygène et le droit de kiffer la vie avec ce troisième opus.

Les Disclosure devaient avoir un plan avec cet album, un plan tombé à l’eau, comme celui par exemple de mondialiser un peu plus leur musique, processus qu’ils avaient enclenché avec Caracal en 2015. En tout cas, c’était ce que je me demandais en scrutant la pochette de l’album (un visage dessiné sur une vue satellite entre terre et mer) et la liste de guests, débutant par le nom de notre très chère Kelis sur « Watch Your Step ». Alors qu’elle qui nous avait fait boucher nos oreilles avec son album dance Flesh Tone, ici tout est pardonné. Le single ultra-efficace « My High » nous ramène aux drums très secs du duo, avec du rythme, un californien Aminé vit-aminé au refrain accrocheur, et un anglais slowthai survitaminé. Autre guest, autre vibe, le vétéran rap Common posant sa voix sur l’apaisant « Reverie ».

D’autres guests internationaux de marque nous amènent en mère Afrique, avec des compositions prévues à cet effet dans les bagages des frérots. Plus précisément, géographiquement parlant, au Cameroun avec Blink Bassy (« Ce n’est pas »), au Mali avec Fatoumata Diawara (« Douha ») et Niger avec Etran Finatawa (« Etran », simplement). Le morceau-titre « ENERGY » synthétise l’essence de la house music, qui représente la part la plus importante de l’ADN de Disclosure : un rythme, un groove, un lien avec les racines africaines, des paroles (reprises du prêcheur Eric Thomas) motivantes, positives et libératrices. Ah, il y a aussi l’artiste camerounais Eko Roosevelt sur le funky house « Tondo ». Grosse connexion donc avec le continent africain comme on peut le constater. En parlant de house-funk, bien vu le sample du tube disco-funk/yacht-rock « Lowdown » de Boz Scaggs pour « Expressing What Matters ».

Ce qui est marrant avec ENERGY, c’est de remarquer les profondes influences French Touch (Daft Punk, Etienne de Crecy, Demon…) qui parsèment cet album hétérogène, mais c’est pour la bonne cause. La manière de jouer le sample sur « Lavender » (en compagnie de ce cher Channel Tres et son style techno-hip hop) est très évocateur, c’est également le cas de « Ecstasy » et dans une moindre mesure « Get Close ». Les interludes sont très intéressants à écouter, on y décèle une marque plus soul-hop. Cela me rappelle avoir lu dans une interview, il y a plusieurs années, que les Disclosure étaient inspirés des beat de J Dilla. Bah voilà, ces interludes contiennent des gènes de Dilla. Plus r&b, « Birthday » avec son casting 100% féminin (les magnifiques voix de Syd et Kehlani réunies) est un joli cadeau. Et si le nom de Mick Jenkins n’était pas posé à côté du mot « featuring » sur « Who Knew? », je n’aurai pas deviné que c’était notre rappeur tellement les Disclosure l’ont sorti de sa zone.

Doté de plus de maturité, moins dans la précipitation, ENERGY est sorti à la fois au bon, et au mauvais moment. Une sortie électro de poids et de bon goût, un éventail musical, qu’on pourrait qualifier de slept-on, et qui réveille notre énergie intérieure pour qu’elle s’exprime extérieurement, de la manière qui nous ressemble. Les Disclosure ont réussi, et c’est là un marqueur du talent manifeste de ces jeunes salopards, ce petit miracle-là en 2020. Et aujourd’hui, réécouter cet album dans de meilleures conditions le rend encore plus désirable. Surtout dans son indispensable édition deluxe avec deux fois plus de son.

LA NOTE : 17,5/20.

(CHRONIQUE ECRITE LE 9 Septembre 2026)

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