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Jahari Massamba Unit (Madlib & Karriem Riggins) « YHWH is LOVE » @@@@¼


Est-ce que le COVID a ralenti l’invasion de Madlib? Trop pas. Ce billet sur YHWH is LOVE est l’occasion de revenir un peu sur ce qu’il s’est passé dans l’actualité de Madlib depuis 2020. En novembre de cette année-là, alors qu’on croutait chez nous lors du second confinement, Madlib et Karriem Riggins ont ménagé notre patience en sortant une oeuvre jazz expérimentale baptisé Pardon My French.

Pas besoin de vous présenter qui est Madlib, en revanche je me permets de refaire une lecture rapide du CV de Karriem. Ce mec de Detroit faisait partie du cercle de J Dilla. Il a collaboré avec des noms du hip-hop comme les Slum Village et Elzhi, produit Black America Again de Common, mais pas que : Kaytranada, Erykah Badu, James Poyser, feu Roy Hargrove et même Sir Paul McCartney ont fait appel à ses talents de batteurs. Dans sa discographie perso, il a été l’auteur de deux projets chez Stones Throw (Alone/Together et Headnode Suite). Son destin a croisé celui de Madlib a plusieurs reprises, posant en 2010 la graine de leur duo Jahari Massamba Unit sur le numéro High Jazz de la série Medicine Show. Pardon My French (2020) était l’occasion pour Madlib d’exprimer sa facette de jazzman que l’on n’avait que peu entendue depuis l’album du son Yesterday New Quintet. Avec Karriem qui le menait à la baguette, la découverte de leurs compositions s’est faite avec le même amusement que les intitulés des morceaux écrit dans un français trèèèèes approximatif, parfois drôlement vulgaire, avec ses quelques références à l’oenologie. Peut-être une façon inhabituelle de montrer que le jazz peut être accessible à tou.tes. Le paradoxe était que Pardon My French n’était pas tant accessible que ça, la recherche expérimentale pouvait rebuter certain.es.

Début 2021 Madlib a sorti son premier véritable album solo instrumental (qui ne soit pas au nom de Quasimoto ou de Beat Konducta), Sound Ancestors. Produit par Kieran Hebden, qui n’est autre que Four Tet, le producteur d’Oxnard nous a gratifié de multiples compos qui portent ses marques en explorant ici et là d’autres voies possibles, parfois dépaysantes venant de lui. Le genre d’album qui pour moi s’apprécie pleinement en format vinyle, que j’ai pu dégoter dans une édition spéciale vert forêt translucide avec une pochette phosphorescente.

Puis 2024 nous réserve son lot de surprises avec cette seconde occurrence du Jahari Massamba Unit, YHWH is LOVE (qu’on peut traduire par ‘Dieu est amour’). Les rôles restent les mêmes : Karriem à la batterie et Madlib aux autres instruments. Et là, honnêtement, ce second opus de notre duo de producteurs glisse bien plus facilement dans nos oreilles que le premier. Plus facile d’accès, plus ‘gouleyant’. L’effort mis pour accentuer le plaisir d’écoute est fort apprécié. Le titre « Otis’ Tambourine » interpelle un peu, aussi pour rappeler que Otis Jackson est un sacré batteur à ses heures perdues, même si ici il n’est pas question de faire une démonstration de ce talent méconnu chez lui (un peu dommage d’ailleurs mais ne faisons pas d’ombre à l’excellente maîtrise de Karriem Riggins). L’album se veut aussi coloré et enjoué, avec ce « Massamba Afundance » qui ne cache pas ses influences jazz brésilien/bossa nova, avec des notes toujours classes (« Karriem Bolero », « ALL THINGS ») et des rythmiques frôlant le hip-hop instrumental (« Anointed Soul »). Nul besoin d’avoir une oreille très fine pour deviner le clin d’oeil à J Dilla et au rap de Detroit sur « The Clappers Cousin ». Puis, un peu comme sonne la fin des vacances, il faut rentrer à la maison en faisant le voyage de « Seven Mile to Oxnard », où l’on sent ce changement d’ambiance qui va decrescendo, et l’humeur qui plonge avec. Quel bop, un très bon cru.

LA NOTE : 17/20

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