Alors que le rhythm’n blues commence sérieusement à perdre de son âme, car dilué dans de la dance ou de la pop édulcorée, il semblerait que l’espoir d’un renouvellement, ou d’excentricités artistiques, provienne de certaines personnalités n’étant pas à l’origine issues de ce courant musical (on parle de cross-over), ceux-ci montrant la marche à suivre. On a étudié le cas de Justin Timberlake qui nous a emmené aux confins d’un hybride pop/r&b d’avant-garde avec son FutureSex/LoveSounds (notamment grâce au génie de Timbaland), place maintenant à sa rivale, celle qui parle scandale arrive, Christina Aguilera.
Idôle des adolescents depuis « Genius in the Bottle », dévergondée et mise à demi nue sur Stripped (co-produit par Scott Storch), la sublime Christina prend son concurrent masculin à contre-pied en faisant une rétrospective au sein des origines du r&b avec son troisième et double-album, Back to Basics (RCA/Sony-BMG). Vu le coffre et la superbe voix qu’elle a (il faut l’admettre qu’elle est largement au dessus du lot de starlettes r&b du moment), pourquoi pas après tout s’essayer dans un registre soul/jazz, le résultat peut-être aussi surprenant qu’intéressant. Passage en revue des deux galettes.
Disc One
La première moitié de Back to Basics se voit confié entre les mains expertes du monstre sacré du Hip Hop, le très respecté Dj Premier, ainsi que d’autres collaborateurs de marque du genre Mark Ronson, Rich Harrisson, Charles Roane, Big Tank & Q… Un choix inhabituel pour une chanteuse pop, mais qui ne manque pas de donner du caractère et de la classe, à l’image du single « Ain’t No Other Man ». Les saxophones, pianos et orgues prédominent parmi les sonorités soulfuls et old school, tels que sur « Makes Me Wanna Pray », « Here To Stay » et « Slow Down Baby ». La principale attraction, ça reste les productions de Primo (« Back in the Days », « Still Dirrty » et « Thank You »), qui ne change rien à sa recette habituelle, c’est-à-dire rien de sophistiqué, juste des samples soul/jazz et quelques scratches entre deux couplets. Christina est particulièrement à l’aise sur ces beats hip hop (toujours très professionnelle dans ses interprétations), des instrumentaux qui mettent en relief la facette soul de la chanteuse, comme si ça lui était destiné tout naturellement, comme si elle était née pour faire ce genre de musique. C’est une menace pour des Mariah Carey et Mary J Blige ! Pour finir le tour d’horizon, les ballades classiques, telles que « On Our Way» et le magnifique « Oh Mother » (qui reprend l’air de Bruno Coulais de « Vois sur ton chemin » des Choristes…), apprivoiseront un auditoire plus général.
Disc Two
Ce CD neuf titres a été produit exclusivement par la musicienne-auteur-compositrice de talent, Linda Perry, qui va comme par magie reculer le temps jusque dans les années 50. Et à Christina Aguilera de s’afficher et briller de milles feux, avec ses airs de pin-up, dans cette fabuleuse époque où le jazz était la musique populaire : bienvenue au Moulin-Rouge ! Un petit mambo (« Candyman »), une ambiance cabaret (« Nasty Naughty Boy »), un transistor qui réceptionne une fréquence jazz ou alors un vinyl sur un gramophone (« I Got Trouble »), de la soul acoustique (« Save My From Myself ») où Christina déchante et enchante… On reste subjugué par la variété, bouche bée, emballé, complètement sous le charme.
Back to Basics, c’est l’antithèse de l’innovation, mais la prise de risque est similaire. Chaque disque situe un cadre différent, le premier nous ramenant aux origines du rhythm’n blues et plus loin avec le second qui transporte jusqu’aux racines de la soul music et du jazz originel. Quelque part, Christina Aguilera fait de la musique populaire avec de la variété, mais ce n’est de la pop variet’ non plus : c’est une belle gifle.
LA NOTE : 16/20


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