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Dabeull « Analog Love » @@@@½


Il a suffi d’un EP de 5-titres pour allumer la mèche, Intimate Fonk en 2021, qui a permis de révéler au passage la chanteuse Holybrune. Vraiment, David Saïd, alias Dabeull, a frappé fort, très fort. Surtout, il a visé juste. Ce n’était pas leur premier coup d’essai si on compte InDaStudio en 2017, passé sous les radars malgré une connexion avec Cerrone la légende. Ce qui a été moins le cas de la collaboration avec Sofiane Pamart en 2021. Mais en vrai, ce que l’on attendait toutes et tous avec impatience, c’était un nouvel album. Et le voici, entre les mains de Dabeull, entre vos oreilles : Analog Love. Re-bienvenue quarante ans en arrière, au début des années 80.

Cheveux ondulés gominés, coupe mulet nickel, épaisse moustââââche, col ouvert stylé avec la petit chaîne, le look kitsch est ultra-assumé, avec ce tour de magie qui rend la ringardise insultante. Maintenant on prend la DeLorean de Doc Brown pour revenir à cette époque où le (ou la?) funk était la reine des soirées. Piste 1, « Sweet Baby » est déjà bien imbibée de p-funk californienne avec ce talk-box tout en maîtrise pour rendre hommage à son inventeur Roger Troutman. D’ailleurs, cet album, parlons-en un peu de son format. Neuf titres, une quarantaine de minutes, ça colle parfaitement avec le format simple vinyle de l’époque, qui comportait 4-5 titres par face. J’adore l’effet Droste de la photo de l’album (le fait de créer une perspective infinie en recopiant ici la pochette dans la pochette), avec cette typographie largement inspirée de Thriller de Michael Jackson. Pas que la typo. Dabeull a aussi utilisé la même console de mixage qui a permis l’enregistrement de Thriller de Micheal. Hé ouaiiiis.

Quitte à tout faire d’époque, chaque clavier, synthétiseur, boite à rythme etc… bref ces machines électronique sont analogiques, et non digitales. Des instruments que Dabeull maitrise d’une manière sidérante d’aisance. Il connait parfaitement la musique, sait la mélodie qu’il veut faire, le son qu’il veut sortir des enceintes, quels éléments intégrer, comment construire son morceau, tout paraît tellement fastoche avec lui tellement son doigté est magique. Ici il va mettre du saxophone, là un solo de claviers, un peu de riffs sexy de guitares électrique, ou des parties de piano… Chaque titre forme le wagon d’un train qui groove non-stop modulo le bon tempo, un résultat à la fraîcheur immaculée, comme ces slogans de nos vieilles pubs pour de la lessive. Ah, et ces fondus en fin de morceau… Aucun détail n’est laissé au hasard. On retrouve le charme fou de Holybrune sur pas mal de chansons (« Let’s Play », « Body Heat », « Chronic Lovers »). Seules les parties un peu rappées comme sur « Let’s Play » rappellent qu’on est en 2024, Deezy Hollow ne rappe pas comme Sidney. Les voix masculines de FERDI et Jordan Lee font également de merveilles.

Cette bulle temporelle nous ramène ces savoureuses ambiances tropicales, séductrices le soir, dansantes la nuit, où les notes de claviers agissent comme des laser sur nos tympans. Le sentiment constant est une forme d’une nostalgie qui s’invite à nous, plutôt que de se replonger dans l’émanation d’un souvenir passé. J’imagine que la principale difficulté pour Dabeull est d’avoir essayé de créer des morceaux originaux, ne pas reproduire involontaire des créations d’une période très florissante, tout en variant les plaisirs. Bien que chaque chanson de Analog Love donne un sentiment dejà-vu pour les quarantenaires et plus, on apprécie fortement ces gimmicks et je reviens sur la réflexion que je m’étais déjà faite avec Dam-Funk. La musique funk n’a jamais disparue, ce style de funk analogique, on l’associe forcément aux fin 70/années 80 qui a vu son émergence et son apex, mais c’est un style de musique à part entière, avec ses codes. Pourquoi les choses en seraient-elles différentes aujourd’hui s’il y a toujours des gens pour l’aimer?

Je parle, je parle, puis arrive la fin de « Fabulous Kisses ». Quoi, déjà??? Comme le chantait Janet Jackson sur son premier album : marrant comme le temps passe vite quand on s’amuse. Le réflexe naturel : on redémarre sur la piste 1 et rebelote. Revivre encore des moments fun, excitants et bourrés de charme, envie de dire au DJ « vas-y mets cette chanson de Dabeull ». Analog Love est une franche réussite. La France n’a pas inventé la Funk mais elle a du talent ! Merci à toi David.

LA NOTE : 17,5/20

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