Si vous prenez les premières de chaque mot du titre ‘Sometimes I Might Be Introvert’, cela fait ‘SIMBI’, le diminutif de Simbiatu, le prénom de Little Simz. Ce quatrième album de la rappeuse londonienne est sans doute le meilleur de sa carrière, également multi-récompensé dans la catégorie Album de l’Année aux Mercury Prize et MOBO Awards en 2022.
Et ce n’est pas étonnant en réalité vu sa très haute qualité. D’album en album, Little Simz progresse, gagne en assurance, en maturité naturellement et s’exprime avec plus de hauteur. A ce point culminant, le producteur de génie Inflo (chef d’orchestre derrière les innombrables projets du groupe-secret-qui-n’est-plus-secret SAULT) a mis tout son talent à contribution pour réaliser des joyaux pour la couronne de reine de Little Simz. D’abord avec des instrumentaux très soulful, surtout dans la première partie de l’album, avec « Two Worlds Apart » samplant Smokey Robinson ou encore The Imaginations pour ce « Standing Ovation », qui met Little Simz sur la même piédestal qu’un Jay-Z. Et ce n’est rien à côté des interludes… où l’on a carrément droit à des symphonies avec des choeurs comme sur certains projets de SAULT, ou plus loin The Archandroid de Janelle Monae. C’est quoi l’adjectif au-dessus de majestueux? L’interlude qui s’intitule « Gems », ça ne ment pas, mais « The Rapper That Came To Tea » est plus grandiose encore. Ce sont les plus grands interludes que j’ai écouté de ma vie goddamit.
La voix de Little Simz se fait clairement entendre sur cet opus, parfois introvertie mais moins complexée, assumant pleinement son statut de MC d’élite hors-US. Plus universelle aussi comme sur le single « Woman » aux côtés de la divine Cleo Sol (qui n’est toujours créditée comme sur le refrain de l’intimiste « I See You »), destiné aux femmes de NYC comme d’Afrique, et qui rappelle les origines nigérianes de ses parents. D’ailleurs la connexion avec Obongjayar, d’origine nigériane aussi, sur l’excellent extrait « Point and Kill » semblait tout à fait bienvenue, avec un joli métissage avec de la musique africaine justement, qui se poursuit sur « Fear No Man ». Comme toujours, Little Simz affiche son identité et cette fois elle dépasse ses propres frontières. Elle ne cache pas non plus ses émotions et ses relations comme sur « I Love You, I Hate You ». Vraiment, on continue d’apprendre à connaître de mieux en mieux Little Simz sous tout ses angles et c’est une chance.
L’énergie est une composante qui s’est ajoutée dans l’identité sonore de Little Simz à partir de Gray Area, et qui s’exprime sur SIMBI sur les titres « Speed » (avec ses caisses et sonorités rock fusion) et sur le minimaliste « Rollin Stone », instru en deux parties avec d’un côté une rythmique grime et de l’autre une revisite contemporaine de rap des 80s avec ses grosses basses et cowbells. C’est très cool de l’entendre aussi sur un morceau ultra-funky comme « Protect My Energy ». Vraiment Inflo nous en fait voir de toutes les couleurs, jusqu’à ce gospel « How Did You Get There » avec ses saveurs r&b 90s.
Meilleur album de Little Simz je le redis, Sometimes I Might Be Introvert est l’oeuvre qui a définitivement cristallisé le statut de la rappeuse. Sans chercher la perfection, la barre monte album après album pour atteindre ce très très haut niveau, au point que la question de savoir si ça sera un classique du rap anglais ou non ne se pose même plus. Parce que ça n’a plus de sens, c’est juste un très grand album, point. Et c’est juste triste qu’elle se soit brouillée avec Inflo des années après pour des problèmes de royalties apparemment…
LA NOTE : 19/20.


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