C’est sur des notes de pianos très jazzy et sous les applaudissements que les Souls of Mischief font leur retour après plus de neuf années d’absence. Avec les Pharcyde, les auteurs du morceau rap culte « 93 Til Infinity » sont les pionniers de la Left Coast, la scène Westcoast non-G Funk/non-gangsta rap si vous voulez. Pour leur ré-entrée dans le rap game avec cet opus qu’est Montezuma’s Revenge (Clear Label Records), les quatre fantastiques membres du collectif des Hieroglyphics, Opio, Phesto, Tajai et A Plus ont la faveur de Prince Paul, légendaire producteur des Stetsasonic dans les années 80, des premiers chefs d’oeuvres des De La Soul et des Gravediggaz. Un carré d’as et un joker.
Il y a de quoi être super content quand on voit un groupe si rare revenir pour le meilleur. Enfin pas tout à fait à leur meilleur. Les MCs n’ont rien perdu au mic, ils ont toujours faim, ils rappent comme s’ils avaient 18 piges, c’est l’impression que l’on a sur les premières tracks « Won » et « Postal ». Les beats de Prince Paul sont efficaces mais pas tous autant qu’on l’espérait. Venant d’un visionnaire de sa trempe, on était en droit de s’attendre à quelque chose de plus spectaculaire ou recherché de sa part, c’est peut-être trop demandé de ma part. Ses instrus n’ont aucun défaut, sont de très bonne qualité, son association avec les Souls of Mischief est une excellente entreprise (« Poets », « Fourmation », « Home Game »…), mais au baromètre, l’aiguille m’indique « suffisant ». C’est presque embarrassant d’admettre que mes tracks favorites n’ont pas été produites par lui. Parmi mes best cuts, je mettrai « Tour Stories » (prod. Domino), un morceau rap qui narre des anecdotes écrites dans un bus de tournée, l’air pensif devant la fenêtre derrière laquelle défile les routes et les paysages; Puis « Hiero HQ » (prod. Domino encore) pour ses effets spéciaux en HD, « I Got It » avec ce petit air qui s’imprime facilement dans la mémoire et le maléfique « For Real Y’All » au beat dévastateur d’Opio.
Rester vrai et rester cool sont les crédos du quartet. Les Souls of Mischief sont incontestablement restés fidèles à eux-mêmes, MCinguement et instrumentalement, trop d’ailleurs. La preuve, je garde ce sentiment qu’ils appartiennent à une autre époque le long de l’écoute de Montezuma’s Revenge. L’interlude comique avec Morgan Freeman au téléphone leur racontant qu’ils ne sont plus dans le coup montre bien que les MCs assument totalement ce parti pris. Ce n’est pas un mal de garder une mentalité hip-hop old school, mais ce n’est pas non plus un atout quand ça n’a pas évolué d’un iota, ça crée un décalage. Nous ne sommes plus dans les années 90, même si on en est très nostalgiques.

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