Earl Sweatshirt « Some Rap Songs » @@@½


Une photo floue qui fait peur prise à la va-vite avec un smartphone, au dos une typographie hideuse, un nom d’album pas cherché bien loin, deux titres sur le total de quinze qui en terme de durée dépassent strictement et seulement les deux minutes, ce troisième album d’Earl Sweatshirt est moche comme la vie vue à travers les yeux d’une personne dépressive. Et le contenu? Moche aussi, et c’est là-dedans qu’on y trouve pourquoi pas ce qu’on appelle « la beauté intérieure ».

24 minutes pour un album qui a mis trois ans à se construire… Le ratio est comparable à Daytona de Pusha T vous me direz. « 24 December » est le premier morceau enregistré par Earl pour Some Rap Songs, en Décembre 2015. À cette date, son père était encore vivant, avant de le quitter en Janvier 2018 à l’âge de 79 ans, un événement qui a affecté Earl. Son paternel n’était pas n’importe qui, c’était le poète et activiste sud-Africain Keorapetse Kgositsile, qui a notamment siégé au Congrès National Africain durant les années 60 et 70 avant de s’exiler aux Etats-Unis. On peut entendre sa voix à titre posthume, ainsi que celle sa mère, sur « Playing Possum« .

C’est sûrement la raison pour laquelle Earl a écrit de courts textes, tels des proses, sans structure apparente ni refrain. Cette simplicité de forme se retrouve dans les productions, des instrumentaux simultanément soulful et lo-fi, piochant parmi des oeuvres de Curtis Mayfiled, la soundtrack de Black Dynamite, The Soul Children, Mighty Flames et Hugh Masekela, qui n’est autre qui son oncle ! Décidément on en apprend de choses… À quelques exceptions près, Earl Sweatshirt a lui-même réalisé la majorité des prods (sans utiliser son autre pseudo de randomblackdude), toujours pas sorti de cet état d’esprit brut, obscur et minimaliste des Odd Future comme on peut en juger. Toujours pas sorti non plus de son état déprimant, ce qui rend cet opus très personnel et cafardeux. Oubliez les fleurs et les oiseaux, c’est fané et empaillé, ainsi que le soleil de la Californie, Earl a mis la clim sur « Cold Summer« .

Alors dans quelles conditions écouter Some Rap Songs? Emmitouflé dans un vieux canapé un dimanche de grisaille à l’heure de la sieste serait la meilleure option. « Nowhere2go« , « The Mint » et une seconde moitié qui passe trop vite, Earl Sweatshirt fait son truc sans se soucier du reste et sans aucune énergie, l’effort résidant uniquement dans la création dans sa plus grande austérité et laissée à l’état de brouillon. Il peut laisser l’auditeur totalement indifférent, comme pas du tout et si tel est le cas, on peut chier dessus si l’envie nous en dit, ce n’est pas interdit, comme le placer dans le top10 de l’année sans explication, c’est votre droit. Sûrement faut-il du goût pour l’amertume profonde et la noirceur, à l’opposé il est normal de rejeter un album qui ne propose absolument rien de divertissant. Il ne faut pas perdre de vue que chaque artiste fait ce qu’il veut. Proposer un tel album n’est pas tellement un risque pour un jeune homme très intelligent de 24 ans qui a encore toute la vie devant lui, mais qui est capable de le faire avec autant de talent?

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