Eminem « Kamikaze » @@@½


Vous vous rappelez comment Eminem avait mal toléré les critiques de Revival au début de l’année? « Scrogneugneu » disait-il aux médias, à sa façon. Pourtant les commentaires négatifs étaient parfaitement justifiés eu égard d’un album dont personne n’a plus envie d’entendre parler. Quelques semaines après la sortie de cette purge, des rumeurs fusaient sur la sortie d’un ‘Revival 2‘ plus « rap », une fake tracklisting circulait mais la photo d’Eminem de retour en studio avec Dr Dre était bien vraie. Notre superstar fut internée depuis dans ses locaux et ceux d’Aftermath jusqu’à ce matin du vendredi 31 aout quand – ô surprise – Eminem sortit Kamikaze.

C’est à se demander si le bon docteur n’a pas appelé en urgence son fidèle patient juste après l’hideux Revival pour lui administrer un médicament efficace, la revanche. Avec un effet secondaire toutefois, le retour de l’alter-ego shady. En effet, le côté obscur d’Eminem refait surface, celui qui écorche tout le monde avec distinction (parfois jusqu’à l’extinction), celui qui avec sa plume chatouille aussi bien qu’il crève les yeux avec sa pointe. Pouce levé pour ce clin d’oeil aux Beastie Boys pour la pochette, Eminem a également sa licence to ill, quoi qu’on en pense. Au dos, 13 pistes, dont deux skits et une track destinée à la bande-son du film Venom avec Tom Hardy en tête d’affiche (morceau qui fait le taf pour un blockbuster qui s’annonce moyen).

Donc en soustrayant, cela fait dix nouveaux titres, dont une grosse majorité d’attaques suicides, pour ne pas dire diss-tracks. Car tous ceux qui ont critiqué de près ou de loin Eminem ces dernières années se ramassent des piques dans la gueule, des pics à glace dans le coeur, ou d’autres objets qui font mal mais pas létal. « Je veux frapper le monde en pleine putain de poire ». Shady’s back bande d’enfoiré·es ! Le premier à en faire les frais sur « The Ringer » est Vince Staples, les mumble rappers à la mords-moi-l’noeud (le gap générationnel sans doute), les Lil Pump, Iggy Azaela, Machine Gun Kelly (qui se reprend plus tard cartouche), l’animateur Charlamagne the God… Pfiou, et sacrée démonstration de MCing. Des flows techniques, un débit rapide et plus naturel, c’est complètement dingue. Strictement rien à voir avec son freestyle tout pété des BET Awards l’an passé. Rebelote sur « Greatest » (co-produit par Mike Will), Em’ rappelle son vieux beef avec Ja Rule et « Lucky You » (quelle célérité syllabique!) qui met en lumière Joyner Lucas (pour ceux qui ne le connaissaient pas encore), morceau où il est question de vendre son âme mais avec deux visions qui s’opposent : un qui chercher la gloire, l’autre qui l’a obtenu, chacun payant les conséquences.

Sur « Normal« , Eminem revient sur les ‘chansons d’amour’ qu’il a écrites, notamment aux côtés de Rihanna et part sur le dernier couplet sur une espèce d’imitation de Drake, qu’il remet à sa place sur le morceau-titre « Kamikaze« . Tant qu’à faire, il nomme sur ce même titre Tyler the Creator, l’attaquant sur ses termes homophobes dans ses lyrics (alors que Marshall n’est pas mieux placé pour en parler…). On retiendra qu’il utilise  des scratches de Scram Jones dessus et ça fait plaisir les trentenaires comme moi. « Not Alike » en compagnie de son ami Royce Da 5’9 commence par une imitation de « Bad and Boujee » des migos et c’est assez délirant, remet une couche sur MGK (qui lui répondra avec « Rap Devil » avant de se prenre un « Killshot » comme retour de flamme). Ceci dit, Eminem encense des mecs comme Kendrick Lamar (« Revival ain’t go viral » où il reprend le rime de « Humble« ), J.Cole, Big Sean (?!?), Joyner Lucas, Lil Wayne, Hopsin, Logic… Mais pas de sympathie pour Joe Budden (« Fall« ) dont le départ des Slaughterhouse a signé la mort du groupe. En parlant de groupe, Eminem retrace l’histoire des D-12 sur « Stepping Stone« , expliquant clairement la mort du Dirty Dozen pour tout un tas des raisons, avec un de ces refrains chanté dont il a le secret.

Voilà, Kamikaze commence à se terminer, pas avec un gros merdier de 18-20 titres, mais pas de productions de Dr Dre non plus (zut de zut). Parce qu’en tout cas si les prods pouvaient moins insipides… Ça se termine donc par « Good Guy » qui va se pair avec « Nice Guy« , tous deux avec la chanteuse Jessie Reyes, deux morceaux qui font le tour des relations compliquées, voire virulentes, entre le rappeur et les femmes. Plus tellement un sujet qui nous intéresse à vrai dire. Néanmoins ça fait huit ans que j’ai pas écouté un album d’Eminem en entier et j’en suis arrivé à bout de celui-ci sans en perdre une miette.« Try not 2 overthink this 1 » disait Eminem sur Twitter.

Alors qu’on pensait que le Slim Shady était définitivement entré en sommeil dans une partie de son âme, voilà que soudainement le rappeur retrouve cette facette moqueuse, incendiaire, qui sait mettre très mal à l’aise (« Good Guy« ), et surtout suicidaire dans le genre rien à branler de ce que les autres pensent. Fallait que ça sorte, avec des flows de malade mental. Tout de suite ça fait moins les malins. Kamikaze est très divertissant, l’entendre à 45 ans gifler plus jeunes alors qu’on se permet bien de laisser faire l’inverse… Mais c’est oublier qui était Eminem/Marshall Mathers/Slim Shady autour des années 2000, ce blondinet drogué inarrêtable catalogué white-trash qui s’en prenant aux popstars et qui n’avaient aucune pitié pour le moindre rappeur qui avait l’audace de mal lui causer. D’ailleurs, dans les deux skits, lui et Paul Rosenberg tuent les critiques sur le fait que Kamikaze est juste un album bourré de rancoeur et inutile. Manque plus qu’un gros sursaut au niveau des productions, sans âme sur cette attaque surprise.

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