Nicki Minaj « Queen » @@@½


Trois ans et demi se sont écoulés depuis The Pinkprint. Au train où vont les choses, cette longue absence a vu passer pas mal d’événements. Dont l’avènement d’une certaine Cardi B venue conquérir le trône des reines du rap. Longue comme la durée d’enregistrement de ce quatrième album, un an et demi, conçu aux quatre coins des Etats-Unis et même à Paris, au Studio de la Grande Terre. Longue au point que Nicki Minaj était à deux doigt de devenir has-been. Tiens, ça rime avec Queen des rappeuses féminines.

Celle qui au début de la décennie était considérée comme la potiche du label Young Money n’est jamais totalement parvenue à être reconnu comme une rappeuse talentueuse. Parce que ses patrons Lil Wayne et Baby l’ont affublé de cette image de Barbie ultra-sexy, parce qu’ils l’ont noyé dans de la musique bonne pour la bande FM, parce qu’elle évolue malgré tout dans un milieu d’hommes qui ont moins à prouver. Les seules infos croustillantes qu’on nous donnait étaient au sujet de ses relations avec divers rappeurs (Meek Mill, Drake, Nas…). Ce fut d’ailleurs relativement compliqué de relancer la machine pour promouvoir Queen, maintes fois repoussé et dont la dernière raison, une histoire de sample clearance d’une chanson de Tracy Chapman, a trahi le manque de buzz autour de cette sortie. Finalement il n’y a pas eu de sample de Tracy Chapman.

Pourtant, dès l’écoute de « Ganja Burn« , Nicki surprend par la qualité de ses lyrics, avec notamment ces rimes qui se terminent en « -urn » dans le premier couplet et du name-dropping savamment placé dans le second (avec une intonation très douce pour Nas). En tant que reine auto-proclamée, elle accorde à Eminem (considéré encore comme le Rap God malgré ses derniers albums totalement mauvais) sa place à côté de son trône sur « Majesty« . Le plus-si-blondinet lâche en tout cas une phrase sympa (« we need Q-Tip for the culture ») avant de partir avec un flow complètement dingo avec un couplet qui équivaut les quatre de Nicki. Le refrain très pop de Labirinth et ces notes de piano sont à oublier, mais ça s’annonce difficile… C’est vraiment sur « Barbie Dreams« , qui rejoue un instru de Biggie (le légendaire « Just Playing« , bonus track de Ready To Die), que Nicki prend un malin plaisir à égratigner des rappeurs, dont 50 Cent, Lil Uzi Vert, Young Thug, DJ Khaled… Haha, ça tire tout azimut, il se passe enfin des choses intéressantes. Elle kicke, mais pas que des culs ! Sur l’égotrip « Rich Sex« , Mrs Minaj balance un « I like money more than dick, n****, that’s a fact », tandis que Lil Wayne est à un poil pubien de faire passer son sperme pour du Dom Perignon. Sur « Hard White » figure des attaques à peine voilées à Cardi B, son ennemie toute désignée (« Uh, I ain’t never play the ho position/ I ain’t ever have to strip to get the pole position/Hoes is dissin’? Okay, these hoes is wishin’/You’re in no position to come for O’s position »). En parlant de kicker, le single « Chun-Li » (mon perso préféré de Street Fighter) est un autre exemple type, un Hyakuretsukyaku mais en vitesse lente. De là à taxer ce morceau d’appropriation culturelle, ça me paraît abusé à mon humble avis, surtout quand on parle d’un personnage de jeu vidéo cultissime. Nicki Minaj n’a pas fini d’être offensive comme sur « LLC« . En revanche j’ai absolument rien capté à son délire sur « Chun-Swae » en collaboration avec saint Swae Lee. La présence de Foxy Brown sur « Coco Chanel« , c’est cadeau.

Pour pleinement apprécier Queen à sa juste valeur, il fait zig-zaguer entre les figures imposées, entendez par là les titres FM comme « Bed » avec Ariana Grande (du pur produit pour les radios avec les sonorités pseudo-exotiques du moment) et le trop classique « Come See About Me« , ou d’autres cross-over r&b bien exécutés (« Nip Tuck« , « Thought You Knew » avec Samedi-Dimanche, « Run & Hide« …) dont on se serait un peu passé si ce n’était pas si pop sur les bords. Cela permet de rappeler que Nicki a une belle voix toutefois. Ce défaut pointé est en fait le même que pour ses trois autres albums : trop de faiblesses esthétiques. Nicki Minaj n’a pas droit à un univers sonore qui lui est propre, juste des types de beats qu’on entend partout depuis le début des années 2010. Démonstration flagrante, « Sir » avec Future, dont l’instru, fruit d’une collaboration entre Zaytoven et Metro Boomin’, est de la trap quoi de plus ordinaire. L’effet secondaire est de rendre des morceaux plus longuets qu’ils en ont l’air, notamment « Chun Swae » qui tourne en rond jusqu’à ce que le jeune Metro décide de saturer les basses sur la fin. Pour le bon goût, on repassera plus tard.

Le plus important à retenir est que Nicki Minaj gère parfaitement ses multiples alter-egos, surligne ses rimes en jaune fluo et surjoue moins son flow pour se focaliser sur l’art et la technique, ce qui la rend plus fatale qu’elle ne l’est. La rappeuse en profite pour se ré-approprier son image de Barbie avec la manière, enterrant ce cliché de poupée au crâne vide. Queen est à mes oreilles son meilleur album (tant pis si je suis le seul à le défendre), il ne lui manque qu’une vraie direction artistique, deux-trois producteurs avec qui ça pourrait pleinement matcher. Elle mérite mieux que ce qu’elle dispose là. Hélas, tant d’efforts pour se faire snober et plomber par les critiques, c’est rude. Sans parler que la compétition est cruelle et que l’industrie du disque rend facilement parano, ce qui explique ses récentes déclarations pimentées qui nuisent au travail qu’elle a durement fourni pour qu’on la prenne enfin au sérieux.

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