Nas « NASIR » @@@@½


Cela ne faisait probablement pas partie des plans de Nas de sortir ce mois de juin 2018 un douzième album que l’on attendait depuis presque six ans. Il était question au départ d’un opus avec Rick Ross à la production exécutive, et sa sortie devait être imminente puisqu’il y avait ce morceau « Nas Album Done » sur Major Key de DJ Khaled, en 2016. Sans nouvelle dudit projet solo, c’est Kanye West qui a décidément pris tout le monde de cours en annonçant sur Twitter : « Nas June 15th ».

Dans la nuit du 14 au 15 Juin 2018, Nas et Kanye West font découvrir à Queensbridge les sept nouveaux morceaux qu’ils ont conçu ensemble, dans ce fameux ranch du Wyoming, une listening-party à ciel ouvert bourré de stars retransmise sur les réseaux sociaux. Inimaginable il y a dix-sept ans qu’une telle chose se produise, vu que Kanye était encore ce jeune producteur hyper-talentueux derrière « Takeover » de Jay-Z, cette bombe posée sur le siège de Nasir Jones. Heureusement en 2006, l’Histoire suit son cours et la hache de guerre est enterrée entre Jigga et Esco sur Hip Hop is Dead, qui voit la seconde collaboration entre Kanye et Nas sur « Still Dreamin’ » (après « We Major » sur Late Registration). Avance-rapide pour revenir dans le présent avec Nasir paru chez Mass Appeal/Def Jam.

« Escobar season begins ». D’emblée, « Not for Radio » impose une écoute solennelle face un sample majestueux et le rant de Puff Daddy nous met à genou. Content d’entendre le boss de Bad Boy faire de l’esclandre avec son porte-voix aux côtés de Nas, à notre grand souvenir de « Hate Me Now« . Le rappeur ne donne pas une leçon de rap mais se sert de son inaltérable don de lyriciste pour une vraie leçon d’histoire qui va jusqu’à porter une regard vers le futur. On retrouve une fois encore 070 Shake, (devenue un élément indispensable des albums produits par Kanye depuis Daytona de Pusha) pour une puissance de feu maximale, surtout avec un Puffy jouant les épouvantails anti-racistes et anti-suprémacistes blancs. Pas le temps de souffler, que le banger « Cop Shots The Kid » vient bourdonner sur nos tympans (mettez le bass boost si vous êtes cap’) avec un sample de Slick Rick pour la touche old school si chère à Nas. Le couplet de Kanye n’est pas indispensable mais contraste avec sa sympathie pour ce gros gogol de Trump. Et je ne parle pas du clivage politique à côté de Nas qui évoque l’esclavagisme et les flics racistes qui tuent des gamins non armés. À certains égards, Nasir s’inscrit dans la lancée du fameux albums en N, qui va bientôt fêter ses dix ans, ce que confirme « White Label » avec son instru martial et ce thème autour des excès. Kanye expliquera succinctement sur Twitter qu’à chacun des 7 titres correspond un des sept pêchés capitaux.

Les bonnes choses que la vie peut offrir, Nas a su finalement s’en délecter sans outrance et avec plus de hauteur comme il le décrit sur le très classe « Bonjour« , qu’on croirait avoir été écrit sur la Côte d’Azur. D’ailleurs le sample est presque français puisque les Klub des Loosers l’avait déjà utilisé, ici revu et magnifié par Kanye et Tony Williams au refrain. Mais il y a plus magnifique ensuite avec « everything« . Un refrain joliment chanté par Kanye, une intro et outro signée The-Dream, un Nasir Jones qui revient sur sa période bling-bling et cette impression de vide qu’il ressent après s’être offert ce qu’il souhaite, au lieu de faire preuve d’altruisme et d’agir positivement. Sept minutes où les réflexions fusent, des problèmes aux solutions, du sentiment d’impuissance à la volonté de corriger les choses, avec le racisme en toile de fond. « Adam & Eve » fait évidemment référence à la Bible, pour illustrer des tranches de vie de mode de vie de gangsters qui croquent la vie à pleines dents. Le sample de piano/guitare en provenance d’Iran (Kourosh Yaghmaei) nous ramène à cette tendance mafioso-rap revisitée par Kanye West et un beat typiquement QB. « Simple Things » conclue en beauté Nasir, avec un sample soulful et pieux, et ce premier couplet qui commence par ces rimes qui méritent d’être gravés en or dans le marbre:

« I’m lookin’ in Longevity’s eyes
I play with Infinity’s mind, Forever’s my guy
My pedigree, above your ass, you’ll never see I
I love the past, but see where I’m goin’, I get to fly
Never sold a record for the beat, it’s my verses they purchase
Without production I’m worthless
But I’m more than the surface
Want me to sound like every song on the Top 40
I’m not for you, you not for me, you bore me
I drop lines prestigious schools read to their students »

Nas se trouve à un carrefour où il regarde sa vie et celles des siens, passées, présentes et futures. Cet album au concept aussi spontané que réfléchi n’était pas semble-t-il dans le plan initial mais Nasir capte très justement un autre moment clef six ans après Life is Good. Car à part quelques faiblesses dans le flow, des petits temps morts, et des sujets sur lequel on aurait aimé l’entendre plus en long et en large, il en ressort pas moins de sept titres essentiels portant un message fort pour toutes les générations.

 

Un commentaire Ajouter un commentaire

  1. The Realist dit :

    Très belle et juste chronique. Un album particulier, différent, tout ce qu’il faut la où il faut comme il faut.A part l’erreur  »Adam et Eve », l’album est presque parfait pour moi. Et sur  »Not For Radio », Kanye a sorti sa meilleure prod’ à l’heure actuelle. J’ai écouté cette mélodie céleste la veille du décès de ma mère, je l’ai enterrée dessus, et ce son me fera pour toujours penser à elle. The King is back

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