Kanye West « Ye » @@@½


« I feel the pressure, under more scrutiny
And what I do? Act more stupidly »

(« Can’t Tell Me Nothing, 2007)

« Poopy do scoop, Scoopy de do woop, Woopty scoopty poop, Poop de scoopty, Scoopy de woop, Woopy de scoop woop poop, Poop do de woop scoop, Poop! Poop!, Scoop de di woop , Woop de di scoop, Woop de di scoop poop »

(« Lift Off », 2018)

« Ye season has returned… » avec toujours plus d’appréhension, d’improvisation, de contradictions et consternation, de mégalomanie. Inutile de retracer les péripéties de Mister West depuis son apparition à la Trump Tower. Entre scandales médiatiques, conneries sur Twitter,… amnésie, addiction aux opioïdes, liposuccion, coup de gueule en pleine tournée… C’est décidément le chaos dans le cerveau de cet incontrôlable control freak chapeauté par sa casquette MAGA signée par Donald Trump. Ça ne date pas d’hier mais ça ne semble pas s’être amélioré.

Depuis Yeezus, Kanye réalise ses albums à l’arrache et de manière désorganisé, se force à se démarquer des autres en pensant à contre-courants avec de « nouvelles idées », quitte à se mettre une partie de la communauté afro-américaine à dos,… Pour au final sortir des albums très discutables en grande pompe, en prévoyant tout la veille. Ça, il a ce don pour bousculer et emmerder le monde. C’est ce qui s’est encore passé pour Ye, ce huitième album. Avec Yeezus, il a dérangé Rick Rubin pour assembler les pièces d’un puzzle bordélique, pour Life of Pablo on a vécu l’enregistrement limite en live-tweet avec le résultat incertain et changeant qu’on a connu, et là pour Ye, il paraîtrait que l’auteur a tout ré-enregistré le lendemain de son interview chez TMZ (vous avez quand il a dit que « l’esclavage? ça sonne comme un choix »), soit environ deux semaines avant sa sortie le 1er juin. Pas un bon présage…

On pensait que cette impopularité plus ou moins assumée était un plan pour attirer la lumière (ou plutôt l’obscurité) sur lui. En vrai, le plan était de sortir plusieurs albums à la suite : celui très attendu de Pusha T, le sien (ça ne faisait plus de doute vu le bad buzz), un album commun avec Kid Cudi et… Nas ! Au départ, on y a pas forcément cru à ces « G.O.O.D Friday » 2018, mais c’est Kanye, lui qui a perdu le sens des réalités force les choses pour qu’elles se produisent, et chacun sait qu’il n’apprécie guère la plaisanterie. Après avoir repris la main sur la production de Daytona, on a moins rigolé aussi. Toutefois comme je le disais plus haut, la crainte était palpable concernant ce nouvel album dont on a tout a découvert le jour-même de sa sortie : la trackliste, le titre, la cover prise le matin de la listening-party situé dans un ranch quelque par dans un trou perdu du Wyoming, cet endroit mystérieux où l’univers a donné à Kanye West cette énergie créatrice. Le Wyoming, pour visualiser, est un Etat de forme rectangulaire quelque part entre l’Illinois et la Californie, à l’ouest mais pas trop.

Pour obtenir quelques clefs sur cet album, c’est Okayplayer qui a eu la mission d’interviewer Kanye. Où l’on apprend qu’il y a 7 tracks sur ses nouveaux projets qu’il produit parce que c’est le « nombre de Dieu », que l’univers lui chuchote des choses à l’oreille, que d’après la Bible « Ye » = « you » et qu’il a été diagnostiqué il y a deux ans pour des troubles mentaux. D’ailleurs c’est écrit sur la pochette « I hate being bi-polar, it’s awesome ». Il s’en amuse visiblement. Hop, c’est parti pour « I Thought About Killing You« , mode d’emploi du fonctionnement de la pensée de la personne qui habite ce corps avec une logique aberrante. Des pensées très sombres qui tournent en rond, une vraie dépression. « Yikes » explore un peu plus cette bipolarité qu’il qualifie de super-pouvoirs, mais on ne sait plus sur quel pied danser car il défend Russell Simmons (l’ex-cofondateur de Def Jam accusé d’agressions sexuelles) et plus loin il espère que sa fille ne prendra pas sa mère comme modèle. Mais ça ne va pas plus loin que des pensées débitées avec assurance et ce qu’il ressent sur le moment, comme sa peur de s’auto-troller (je suis taquin). On attendait des réponses plus concrètes mais Kanye ne revient pas vraiment dessus, comme s’il en avait juste rien à foutre, genre « oui j’ai dit ça sur l’esclavage, c’est moi ». Il a d’ailleurs ajouté de nouveaux lyrics à ce sujet sur « I Thought About Killing You » pour boucler cette affaire. Espérons qu’il ne fera pas trop de modifs comme pour Life of Pablo… En tout cas, il est beaucoup plus contenu et moins subversif que ce qu’on pouvait imaginer et c’en est limite décevant.

En revanche, ce qui se confirme sur Ye c’est le retour de KanYe à la prod, après avoir conçu des missiles pour Pusha. Les instrumentaux, assistés de Mike Dean (six fois sur sept), sont plus cohérents et solides, ça ne part pas dans tous les sens et il y a moins cet aspect d’inachevé. On retrouve le caractère soulful et gospel qu’on aimait chez lui et qu’il n’a en fait pas perdu, la spontanéité en plus expliquée par l’urgence du délai. La track 1, « No Mistakes« , « Wouldn’t Leave« , « Violent Crimes« … Parmi les choeurs non-crédités, on retrouve les voix de Ty Dolla $ign, Ant Clemon (insupportable sur « All Mine » qui n’est qu’un ramassis de potins), Charlie Wilson et 070 Shake qui brille sur « Ghost Town » aux côtés de Kanye (qui chante bien le bougre et sans autotune) et Kid Cudi (qui chante bourré?), déjà qu’elle s’est faite remarquer sur l’incroyable bridge de « Santeria » de Pusha T. Pas mal pour un titre bouclé l’avant-veille de sa sortie, ce morceau donne envie se mettre nu à travers l’ouverture de toit d’une voiture. Ah, il y a même PARTYNEXTOOR dans le lot, tralalère Drake!

Musicalement, Kanye West s’est repris en main et malgré certaines approximations, ce n’est pas du tout la catastrophe annoncée. Il y a juste « All Mine » qui sert à rien et le sentiment de rester sur sa faim, bien que ça se finisse « bien » avec « Violent Crimes« . N’empêche qu’au bout du compte on finit comme lui : ne pas savoir quoi penser. Putain qu’il est chiant. Sauf que c’est lui qui a grand besoin de faire un ‘reset’ de ses méninges. Ses opinions il a le droit d’en avoir des différentes des autres, soit, mais est-ce qu’on doit s’en tamponner ou pas? Après, si cet album peut lui faire office de thérapie, tant mieux pour lui, mais il n’y a pas de quoi se divertir au sujet de problèmes psy. Heureusement qu’il n’y a que 7 titres parce qu’on aurait sûrement pas supporté l’entendre s’écouter parler davantage. Peut-être Yeezy conserve-t-il un brin de lucidité, comme le fait qu’il sait qu’on aime le détester, et qu’on a peur d’adorer ce qu’il fait. Evitez d’écouter Ye plusieurs fois, vous prendrez le risque de l’apprécier. Contradictoire vous pensez?

Postez vos avis!

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.