Pusha T « DAYTONA » @@@@½


Cet opus devait s’appeler King Push et sortir en Juin 2016. Finalement ce sera le 25 Mai 2018 et il s’intitule Daytona. Durant ce laps de temps, Pusha T ne s’était pas du tout tourné les pouces. En Septembre 2017, la moitié des Clipse déclarait que ce troisième album a été enregistré trois fois, trois fois, la faute à un Kanye West constamment insatisfait, la marque des perfectionnistes hein. Une dizaine à une douzaine de morceaux étaient prévus, avec divers producteurs aux commandes, et crac, du jour au lendemain, on efface et on recommence tout. Quelques jours et nuits de travail plus tard, et pas mal d’aléas indépendants de la volonté du rappeur, le nombre de titres s’est réduit à sept, tous produits par l’inénarrable Kanye.

Cela faisait un bail que Kanye West ne s’était pas autant impliqué dans la production d’un album, dans la réalisation d’instrumentaux s’entend, que ce soit pour ses propres projets ou les artistes de G.O.O.D. Music. Depuis… 2010 avec My Beautiful Dark Twisted Fantasy? Pour Big Sean, Cruel Summer, Yeezus, Darkest Before Dawn de Pusha, etc… la majorité des beats étaient délégués à une orgie de producteurs (dont la liste serait trop longue à taper mais il y a des français dedans) qui se partageaient les crédits parce qu’untel a joué trois notes de synthé, machin a posé un sample là, chose a prêté son drumkits, truc ajouté des ad-libs pendant que bidule faisait le sorcier aux consoles. Kanye était là pour gesticuler les baguettes au milieu de ce bordel organisé quand il n’était pas occupé à raconter des conneries. En parlant de ça, celui par qui le scandale arrive a changé au dernier moment la pochette de l’album pour mettre une photo de la salle de bain de Whitney Houston payée 85000$. Culotté, déplaisant, pas loin d’être immoral, mais pas que pour le buzz quand on sait de quoi est morte la chanteuse.

Daytona est la confirmation de deux choses : Pusha T est un super-lyriciste et Kanye West n’a pas du tout perdu la main au beatmaking. Sérieusement, qui en doutait? Les expériences chimiques entre nos deux éléments a été retentée plusieurs fois pour la bonne cause, aboutir à ce dosage quasi parfait, purifié, ne gardant que l’essentiel, le produit le plus concentré possible. La philosophie est inchangée depuis le Lord Willin’, la forme entre Star Trak et G.O.O.D. Music est juste différente, et très appréciée depuis l’envolée solo de Pusha. Pour Daytona, les instrus sont recentrés dans la lignée des excellents extraits « Nosetalgia » et « Numbers on Board » (extraits de My Name is My Name). Pas de trap, ni de bangers, encore moins de vrai single. Du pur, du brut, des beats, du sample, alleluia. Des samples vocaux sur « If You Know You Know« , un de guitare bluesy sur « The Game We Play« , « Hard Piano » je vous laisse deviner (quelle lourdeur l’instru effectivement, tellement que Rick Ross vogue dessus), un sample de soul pour le refrain de « Come Back Baby« , « Drugs » de Lil Kim pour la première moitié de « Santeria » et un autre plus rock psyché pour la seconde moitié du titre (avec cette incroyable transition de 070 Shake), puis un air presque horrifique pour « What Would Meek Do?« . Non vraiment, cet enfoiré de Kanye n’a pas perdu de son inspiration ni de son talent. Il nous a bien fermé notre gueule, et lui c’est mieux quand il la ferme.

Derrière le micro, c’est le Pusha des grands jours, dangereux, intelligent, notre fournisseur de cette, SA, ‘Purple Tape’. Ses vers sont autant de rails de coke qu’on sniffe de la premier à la dernier. On pourrait encadrer n’importe lesquels de lyrics et les afficher dans des galeries d’art, les éplucher sur Genius et écrire une thèse dessus. Dense, débarrassé de refrains, bourré de références, de jeux de mot à décrypter et de multiples clins d’oeil, notamment à Puff Daddy et Jay-Z, dont les premières rimes de « The Prelude » a inspiré les premières barres de « Infrared« , le fameux diss qui a déterré la hache de guerre avec Drake. Ce son suffisamment commenté sur les réseaux sociaux a rallumé un incendie dont tous avons été spectateur avec les dommages que ça a causé. De l’entertainment quoi. Pusha T est vicieux comme un serpent dès qu’il a décidé de mordre une proie avant de l’enrouler, l’étouffer et lui broyer les os avant de la déguster crue. Pour reprendre une expression venant tout droit des années 90, il est mortel. Son flow reste à la fois calme et agressif, capable de nous emmener en enfer dans la plus grande sérénité, comme sur « The Game We Play« , « Santeria » et surtout la réponse aux détracteurs « What Would Meek Do? » (en hommage à Meek Mill c’est écrit dessus). Tout à coup, on entend un drôle d’oiseau faire « poop, scoop, woopty woop ». Planquez-vos miches, c’est Kanye qui débarque! « Everything Ye said cause a new debate », tu m’étonnes mon con. Il sera d’ailleurs un prochain sujet de chroniques avec Ye et Kids See Ghosts avec Kid Cudi.

Comme le dit si bien Pusha T, il est dans le top 5, des MCs de 2018. Qui s’opposera à lui pour lui dire le contraire? Il met le respect à genou. Puis on s’en fout de savoir si Daytona un EP ou pas, c’est court, donc incite au replay, ça tombe bien on en redemande et ça va dur de décrocher avant un moment.

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