Janelle Monae « Dirty Computer » @@@@½


Lorsque Janelle Monae avait sorti son premier EP Metropolis: Suite I, tous avions immédiatement vu son talent immense dans cette femme en Tuxedo, vu son univers rétro-futuriste truffé de références musicales comme littéraires et cinématographiques, vu le futur d’une grande star. Ce qu’elle est devenu dix ans plus tard, le futur c’est donc maintenant, grâce aussi à ses talents d’actrice que l’on a découvert dans deux sorties majeures, Moonlight et Hidden Figures. Alors pour la sortie événementielle de ce troisième album baptisé Dirty Computer, Janelle se lâche totalement.

Curieusement, je me suis toujours questionné sur la sexualité de l’artiste Bad Boy, elle qui était si romantique avec les robots-humains durant sa saga Metropolis-ArchAndroid-Electric Lady. La réponse fut donnée il y a peu, puisque supposément sous l’effet du mouvement #MeToo, Janelle a déclaré publiquement être bisexuelle, mieux pansexuelle. Très fort et courageux de sa part, mais tellement elle, une liberté sexuelle très fièrement assumée sur cet album qui n’est pas la Suite (avec un ‘s’ majuscule) des albums précédents, bien que le titre possède effectivement une référence aux machines… et à Prince. Dirty Mind avec l’IA supra-humaine de Janelle, cela donne l’oeuvre féministe Dirty Computer.

Musicalement et philosophiquement, une partie de l’âme de Roger Nelson s’est réincarné sur cet album, que ce soit sur des titres comme « Crazy, Classic, Life » et la pop funky de « Make Me Feel » (produit par un duo scandinave, Mattman & Robin), qui sonne furieusement comme une version modernisée du stantard « Kiss« . Elle peut se le permettre, elle qui a eu l’honneur d’avoir eu le regretté Artiste, comme admirateur et à ses côtés sur l’extrait d’Electric Lady « Give Them What They Love« . Quand je dis Prince, les inspirations que l’on retrouve dans les algorithmes des prods vont des mélodies 80s à ses créations des années 2000 (Musicology, 3121), puis cette tension sexuelle permanente, délicieuse et scandaleuse, en un mot, jouissive. Écouter des chansons comme « I Like That » (co-produit par les Organized Noise) et « Screwed » en compagnie de Zoë Kravitz, c’est comme prendre son pied, surtout quand le titre glisse sur le puissant égotrip « Jango Jane« . Sur « I Got The Juice » avec Pharrell au rap, le polyamour de Janelle Monae fait rimer paradisiaque avec aphrodisiaque, tandis que « PYNK » (avec Grimes) est d’une douceur érotique. C’est bien une sagittaire.

L’équipe de producteurs pour Dirty Computer responsable de cet orgasme multiple est la fidèle Wondaland Arts Society de Nate Wonder et Chuck Lightning, entouré de personnel qualifié comme Sounwave, Thundercat, les Organized Noise (y compris Sleepy Brown), Jidenna, Nana Kwabena, Jon Brion… C’est bien la voix d’un Beach Boys, Brian Wilson, que l’on entend sur le morceau d’ouverture, c’est bien Stevie Wonder qui parle le temps d’un interlude, c’est bien une claque du revers de la main qu’on se prend dans la joue de la part de cette femme androide qui met la chatte sur un piédestal comme qui dirait et fait surchauffer les circuits neuronaux comme les canaux sanguins. Esthétiquement, le côté science-fiction majestueux de Archandroid et Electric Lady peut manquer sur ce troisième opus, une micro-déception calmée par la superbe ballade « Don’t Judge Me » et les puissants messages politiques de « Americans« .

 

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