Rejjie Snow « Dear Annie » @@@@½


Ce n’est pas parce que ce rappeur s’appelle Rejjie Snow qu’il est l’auteur de l’album rap de cet hiver. Ce n’est pas non plus parce que vous êtes tombés sous le charme des deux EP Dear Annie que vous connaissez la moitié de son histoire. Et ce n’est pas parce que cet album parle de problèmes de coeur qu’il est mon coup de coeur. C’est un peu plus que cela.

Rejjie Snow est un artiste qui a déjà un parcours plutôt intéressant. Né Alexander Anyaegbunam à Dublin d’un père nigérian et d’une mère jamaïcaine, il a passé une majeure partie de son adolescence en pensionnat en Floride, avec la musique pour l’accompagner, étant un grand fan de George Michael (paix à son âme), MF Doom et Pharrell Williams qu’il a eu la chance de rencontrer à l’âge de douze ans. Mais il finit par quitter une école d’art quand il se rend compte que les morceaux de son EP Rejovich (2013) sur Youtube ont du succès. Pour résumer la suite, Kevin Liles le repère et le signe sur sa structure 300 Entertainment (Fetty Wap, migos…), et  les internautes particulèrement avec sa mixtape The Moon & You (2017). Et deux préludes plus tard, nous voilà avec Dear Annie.

Il faut peu de temps pour être convaincu, pour craquer même pour cet album qui fleure bon l’arrivée du Printemps. « Rainbows« , « 23 » (comme son âge) et « Pink Lemonade » sont annonciateurs de beaux jours, de nouvelles romances naissantes, avec une candeur et forme de sérénité qui tranchent avec les propos parfois crus du rappeur. Avec sa voix grave, Rejjie est animal comme Tyler the Creator, mais en plus sage et suave, une similarité qui se ressent sur d’autres tracks comme « Room 27″. Ça lui prend quelques instants de parler en français pour parler de love (« Mon Amour« ), une chanson à la fois très fleur bleue et hardcore, où l’accent de Dana Williams rappelle une certaine Jane Birkin. Chanteuse que l’on retrouve sur « Désolé« , avec un refrain frenchy de nouveau. On en oublierait presque que Rejjie Snow est irlandais, s’il n’y avait pas ce cliché de la jeune fille rousse sur la très bucolique pochette de l’album.

Derrière chaque homme il y a eu une femme, Annie est là pour le rappeler, mais derrière chaque très bon rappeur peut y avoir un très bon producteur, je parle ici du jeune prodige, et ami, Lewis Ofman, irlandais lui aussi. N’ayons pas peur des mots, son talent est réel vu le sentiment de découverte qui nous envahi à l’écoute de Dear Annie. Avec l’apport d’autres personnalités très douées, comme Rahki (Eminem, Evidence) et le savoureux Cam O’bi, on pourrait dire que la production est américano-irlandaise, et canadienne pour une partie, puisque Kaytranada conçoit l’excellent single « Egyptian Luvr » (avec la révélation Aminé en feat) pour une ambiance club lounge. En tout les mélodies sonnent très européennes, forcément, pittoresque mais tellement familier. Rejjie a tout de même trouvé le moyen de placer des downtempos soul/jazz, avec « Oh No!« , « The Ends » et le très classe « The Rains » avec en plus un couplet de Krondon, ce qui rend l’écoute plus confortable encore. L’ensemble reste malgré tout cohérent car Rejjie use d’une astuce pour raconter son histoire et partitionner son album : une interview radio en plusieurs parties en guise d’interludes.

La toute dernière partie de l’album évolue encore vers d’autres styles, curieux pour un album globalement rap/soul qui sent bon l’herbe fraîche et la bonne humeur (ah que ça fait du bien d’écouter « Spaceships » ou « Pink Lemonade« !). Les jambes ont envie d’essuyer le dancefloor sur « LMFAO« , un titre dark disco-funk efficacement remis au goût du jour avec un arrière-goût de pop, et même de l’électro-pop pour « Charlie Brown » (feat Anna of the North) et « Annie« , avec son refrain très simple mais tellement bourré d’émotions interprété par Jesse Boykins III. Au milieu de tout ça, l’OVNI « Bye Polar » (jeu de mot pour ‘bipolar’) qui jongle entre logiquement entre plusieurs ambiances. Puis c’est reparti pour un tour, pas vraiment un mot de la fin pour ce Dear Annie qui s’écoute volontiers en boucle. J’aurai juste envie de détourner l’expression cainri « absolute fiyah » en « absolute flowaah ». Rejjie Snow, cette marguerite noire venue du Nord.

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