Rapsody « Laila’s Wisdom » @@@@½


Quand la MC Rapsody s’est émancipée de sa fraternité des Kooley High avec son EP Black Mamba en 2012, on savait qu’elle était déjà promise à un bel avenir, un avenir aussi beau que son premier album chez Jamla Records The Ideal of Beautiful, le bien nommé, sorti quelques mois après et réalisé par 9th Wonder. Le célèbre producteur avait absolument raison de croire en elle plus que quiconque. Et pour preuve, cinq ans plus tard, ce destin était présent au rendez-vous pour permettre à notre wonder woman de briller avec ce second opus Laila’s Wisdom, en partenariat avec Roc Nation et la compagnie de stars comme Kendrick Lamar, Anderson .Paak, Busta Rhymes ou encore BJ The Chicago Kid.

Avec le temps, Rapsody est devenue plus radieuse, plus forte, plus sûre d’elle, une rose magnifique. Comment ne pas tomber amoureux d’une femme dont la philosophie est ‘culture over everything’? Et plus elle prenait son temps pour sortir un projet, plus elle se faisait désirer, c’était mécanique. Son percutant EP Beauty And The Beast en 2014 a clairement démontré tout ce que je viens de dire et les critiques étaient unanimes à son sujet, suffisamment pour troubler le top20 des actuels meilleurs rappeurs/euses, tout sexe confondu. L’année suivante, Kendrick Lamar ne choisit que deux rappeurs en featuring pour son désormais classique To Pimp A Butterfly, Snoop Dogg et elle, sur le superbe « Complexion » où elle rayonne au point de sublimer la seconde partie du morceau. 2016, Roc Nation, le label de Jay-Z lui tend un stylo et quelques papiers à signer.

Et avec toute cette consécration qui lui tendait les bras, la célébrité naissante l’a-t-elle pervertie? Non, c’était impossible, pas une si belle personne. Le sample resplendissant de « Young, Gifted and Black » de Nina Simone utilisé par Nottz sur le premier morceau « Laila’s Wisdom » (qui donne son titre à l’album) est un excellent indicateur de cette authenticité, mais pas autant que la générosité et le coeur que Rapsody met dans cette chanson inspirée par sa grand-mère, et dans tout cet album qui prend tout son sens au fil des écoutes. La seconde track « Power » est question de l’influence, la réussite, et de l’utiliser à bon escient pour faire le bien autour de soi et qui d’autre de mieux que – tiens, tiens – Kendrick Lamar pour en parler le temps d’un énorme couplet, et pour leur seconde coopération, Kendrick a emmené Lance Skiiwalker avec lui pour accompagner la rappeuse au refrain. Joli retour d’ascenseur qui amène Rapsody un peu plus haut vers les sommets.

Petit à petit, la touche soulful de 9th Wonder et son équipe du Soul Council (Eric G, Khrysis, etc…) s’intensifie sur Laila’s Wisdom, d’autant plus que pour embellir les beats, des musiciens de renom comme Terrace Martin (au saxophone, clavier ou opérateur suave avec son vocodeur sur « You Used To Love Me« ) et James Poyser sont de la partie(-tion). Et plus c’est long, plus c’est bon comme on dit, c’est pour ça d’ailleurs qu’il existe sur Laila’s Wisdom de longs morceaux (en 2 parties). Là, l’écoute prend une toute autre dimension hip-hop/soul, douce et chaleureuse avec « Nobody » (avec Anderson .Paak, le trio nusoul Moonchild et Black Thought des Roots), « A Rollercoaster Jam Called Love » (avec Musiq Soulchild et le saxophone de Terrace Martin), la seconde partie de « You Should Know » (quand Busta Rhymes parle à la fin sur un ton bienveillant), et ce « Knockin At My Door« , bourré de charme avec ce flow posé à voix basse comme sur le ton d’une confession amoureuse, avec cerise sur le gâteau, BJ The Chicago Kid en fond. BJ que l’on retrouve sur « Black & Ugly« , sur lequel Rapsody parle de l’apparence physique des artistes, quand la beauté prend amèrement le pas sur l’intérêt, le talent.

Rapsody et ses producteurs jouent avec nous aux ascenseurs émotionnels, d’un côté avec des tracks funky et revitalisantes telles que « Pay Up« , storytelling sur le rôle de l’argent qui ne fait pas le bonheur dans une relation homme-femme, et cet uptempo r&b à l’ancienne « Sassy« ; de l’autre, le (très) triste et poignant final « Jesus Coming« , un texte assez universel qui parle de personnes qui perdent la vie brutalement avec un instru très chargé en émotions. Entre deux nos cappuccinos de rap soulful. Il arrive cependant qu’un ou deux titres soient en deçà du niveau global, notamment « Chrome (Like Ooh) » (mais qui curieusement reste bien en tête…), et « OooWee » avec Anderson .Paak provient de la mixtape Crown sorti l’an passé. Autrement, aucun vrai point négatif à reprocher à cette trop bonne élève. Ce travail admirable pour Laila’s Wisdom fait entrer facilement cet album dans le top 17 2017, et nous donne encore plus de raisons de l’aimer.

Postez vos avis!

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s