Kool Keith « Feature Magnetic » @@@½


Il y a tout un tas de choses que l’on pourrait dire sur Kool Keith, et d’autres plus inavouables encore. Esprit fécond et testicules bien pleins, le Black Elvis triple docteur aux innombrables pseudonymes mystérieux accouche depuis plus de trente années d’une voire deux progénitures par an, les plus récentes portant les couleurs bleue-blanc-rouge de Junkadelic Music, et autant de featurings illégitimes. Oui, il pourrait pratiquement ouvrir une banque de sperme. Feature Magnetic, son second disque tamponné Mello Music Group, pas tout à fait en solo non plus, lui ressemble en tout point.

Écouter Kool Keith et son flow lézèrement persiffleur, c’est comme regarder l’émission Strip Tease : ultra chelou. Une odyssée de l’étrange, à chaque fois, navigant entre deux mondes, la science-fiction kitsch et le nanarland de l’érotisme, capable de se taper vite fait une prostituée dans une ruelle crasseuse entre deux vols spatiaux. Rappeur qui se bat avant tout contre l’oubli, le MC ultra-magnétique repêche sur ce projet des rappeurs tombés dans les abysses de la mémoire collective (Mac Mall, Craig G) ou sort de leur retraite des vétérans de l’âge doré (Freddie Foxxx, Sadat X, Psycho Les des Beatnuts). C’est d’ailleurs l’idée du concept de Feature Magnetic : 1 track = 1 ou 2 featuring. Et il y a douze tracks si on épisse l’intro et la bonus track « Cheesecake« .

Démarrage en « Stratocaster« , transformation en « MC Voltron« , rencontre Dr Dooom et MF Doom sur « Super Hero« , ça fait pas mal de bizarreries surréalistes. Parmi les collab les plus ahurissantes, la présence du salace Dirt Nasty sur « World Wide Lamper« . Excentrique, obsédé sexuel prenait ses désirs pour des réalités (« Girl Grab » ma b… avec Necro), il arrive que Kool Keith ait des éclairs de lucidités comme sur « Peer Pressure » (avec Slug d’Atmosphere) et « Tired » où il raconte qu’au-délà de la légende qu’il a construite lui seul, il en a plein le cul de n’avoir que la reconnaissance de ses pairs ne soient jamais démonstratives. Peut-être parce qu’il est réellement trop perché, trop underground, parfois gênant…

75% produit de l’album est conçu par Number One Producer, un autre mirifique surnom de Kool Keith. Car personne ne peut mieux que Kool Keith concevoir des sons qui siéent si bien à Kool Keith. D’autres inconnus sont crédités sur Feature Magnetic, dont un (pas la peine de le citer) qui réalise une prod « à la DJ Mustard » sur « Bonneville« . Un détail qui a l’air de rien mais méga old school, le fait d’annoncer l’intitulé du morceau juste après que soit lancé l’instru.

À bientôt 50 balais, Kool Keith peut encore se permettre de te balancer « I can ice-cream full up your ladies » sans pilule bleue. Il en a quelque chose à foutre de poursuivre sa carrière dans le rap avec tous ses amis ici présents (oh vous avez vu aussi Ras Kass sur « Writers« ?). Feature Magnetic, on n’ose pas trop au départ, à cause du personnage pervers et démodé, mais… c’est plus fort que nous, ce défaut qu’est la curiosité prend le dessus. Le second effet kif cool, c’est qu’on se frotte les mains comme un vilain en prenant ce plaisir voyeur.

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