Elzhi « Lead Poison » @@@@½


Les albums solos d’Elzhi sont aussi rares que ceux de Dr Dre, mais rareté et exception vont souvent de pair. Son premier vrai album, le MC de Detroit affilié aux Slum Village le sort en 2008, The Preface, produit intégralement par Black Milk. Il y aura aussi l’extraordinaire mixtape Elmatic deux ans après, l’une des meilleures de ce siècle. Puis Elzhi connaît une traversée du désert après avoir quitté l’aventure SV, et surtout la dépression. Il appellera ses fans à l’aide pour sa campagne Kickstarter afin de financer son second album, Lead Poison, et l’attente en valait franchement la peine.

La dépression est une maladie de plus en plus prise au sérieux dans notre société, quelques rappeurs ont déjà brisé le silence comme Joe Budden ou Kevin Gates, mais là on parle d’un des MCs les plus talentueux de sa génération. Avec un premier morceau qui s’intitule « Medicine Man« , on comprend que Lead Poison fait à la fois office de traitement et de psychanalyse. « INTROverted » qui enchaîne juste après appuie ce concept, Elzhi tentant d’échapper à cette noirceur qui mine sa matière grise, ce même noir qui pointe sur sa mine. “Dear fans I wrote this around empty beer cans, in the mix, getting twisted like engineer hands.” La pochette reflète parfaitement cet état d’âme. Il en reparle sur « Alienated » de son mal-être, de l’isolement du monde provoqué par cet enfermement dans des pensées négatives, la perte de confiance, ensuite sur le magnifique « February » (quel sample de piano!!) avec ces pensées tristes qui plombent le moral, et aussi sur « Hello!!! » qui relate les réactions et l’incompréhension causées par les troubles du comportement et le repli sur soi dus à la dépression. Le rap sera sa thérapie, son réconfort, sa porte de sortie, qu’il développe sur « The Healing Process » à travers un flow très rapide sur un très beau morceau sans beat.

Cet album au budget modeste de 37000$ a suffi pour attirer des producteurs comme Bombay, 14KT, Oh No, Quelle Chris, Nick Speed ou encore Karriem Riggins qui signe le soulful et intimiste « Two 16’s« , exercice de style où Elzhi rappe deux couplets dramatiques de seize barres en plaçant ’16’ dans chacunes des strophes. C’est avec des tracks comme celle-là qu’on admire la grande intelligence de notre MC. Des petites touches de néo-soul bienvenues sont distillées occasionnellement sur l’album (« CoSign » avec son spleen ambiant suivi de « Misright« ). Une autre caractéristique de Lead Poison : Elzhi ne complète pas tout les morceaux, des fois il laisse filer l’instrumental comme sur « The Healing Process » et « She Sucks« . Des fois un ou deux couplets suffisent, les refrains ne sont pas forcément nécessaires, encore moins de rappeurs en featuring. Son talent est tellement concentré dans son écriture qu’il n’y a parfois rien à rajouter, évitant de meubler inutilement.

Lead Poison est un album surprenant à plus d’un titre, on dira à 16 titres, jusqu’à « Keep Dreaming » qui permet à Elzhi de poursuivre son effort jusqu’au bout afin que ces vilains nuages noirs finissent par cesser de pleuvoir. C’est un des opus les plus personnels que le rap ait connu, un épisode à travers lequel le rappeur s’ouvre auprès de son public au sujet d’un problème de santé complexe et invisible qui touche plus de monde qu’on l’imagine. Avec un talent comme le sien, c’est lui qui en parle le mieux.

 

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