Flying Lotus « You’re dead! » @@@@½


Pan! T’es mort. Ça y est, c’est la fin? Pour Flying Lotus, ce n’est que le point de départ de sa cinquième oeuvre, You’re dead, parue chez Warp le jour de son 31e anniversaire.

La mort est l’une des plus grandes énigmes de la vie, bien au-delà des questions physiques sur l’univers et la matière. Elle fascine comme elle effraie, un voyage vers l’inconnu vers lequel nous emmène FlyLo. Le thème d’ouverture de l’album possède un caractère bouddhiste, ce qui convient parfaitement à la philosophie du concept. On touche au domaine de la spiritualité, du questionnement sur devenir de notre âme, d’un passage vers un renouveau.

Pour mieux comprendre cet album, Flying Lotus a dévoilé sur son compte Twitter pas mal de détails au sujet de l’enregistrement et des idées qu’il a matérialisées, en compagnie notamment de son ami et bassiste Thundercat. J’en reprendrai quelques-uns pour étoffer la chronique. Le premier vrai morceau s’agit de « Tesla« , l’étincelle de ce mini-big-bang (qu’ils ont provoqué avec le jazzman de légende Herbie Hancock) est la source de toutes les particules musicales et spirituelles qui se sont rassemblées comme des molécules en sons, en pensées et enfin en 19 morceaux. C’est de là que vient le nom du titre « Tesla », qui est une unité d’induction électro-magnétique.

« Cold Dead » suivi de « Fkn Dead » reflètent la maestria de FlyLo lorsqu’il s’agit de coordonner samples et instrumentations live, de la complexité de l’association du jazz-fusion et des guitares électriques. Un autre tour de force est d’avoir pu faire poser la jeune superstar du rap Kendrick Lamar sur « Never Catch Me » dans ce cache-cache avec la faucheuse. Son flow spontané passe à travers les notes de piano de ce très bon single. Pour l’anecdote, Kendrick est reparti avec des beats de FlyLo pour enregistrer son prochain album… Un autre rappeur de Los Angeles, une légende cette fois, Snoop Dogg, pose sur le morceau suivant, « Dead Man’s Tetris« , avec sa nonchalance tout aussi légendaire. Le débit de l’icône gangsta-rap est si pantouflard que FlyLo a du modifier le beat lors de son passage. Quand on s’aperçoit des influences Funk de ce titre, faire intervenir Snoop semble être une évidence. C’est aussi la première fois que se manifeste l’alter-ego de l’auteur, Captain Murphy, sur ses albums en tant que « fleur volante » (et cela n’a rien d’anecdotique), avec cette phrase « hold up hold up, I have this bullet in my head ». A la place d’un refrain s’entre-mêlent tout plein de sonorités, des bruits d’armes à feu de toute sorte et des voix tirées du jeu Street Fighter II et même des ad-libs d’Earl Sweatshirt, le tout dans une petite cacophonie jubilatoire. Cette recette musicale glitch-hop lui réussit bien depuis Cosmogramma.

La suite des événements est tout aussi passionnante avec le soul-psyché « Coronus, The Terminator« , jusqu’à ce moment d’extase survenant sur « Siren Song« . Comme son nom l’indique, il est impossible de ne pas succomber à ces chants provenant d’un monde paradisiaque. L’utilisation d’une boucle d’Ennio Morricone sur « Turtles » (puisqu’on reste un peu dans l’univers aquatique) est tout aussi subjuguante. Les pistes suivants s’assombrissent, laissant ressurgir des parts d’angoisse. A l’origine Chance the Rapper et Kendrick (de nouveau) étaient prévus sur respectivement sur « Ready Err Not » et « Eyes Above » (co-réalisé avec la révélation FKA Twigs), finalement seules les versions instrumentales ont été conservées. FlyLo est avare en featuring, ce qui n’est pas forcément une mauvaise chose. On assiste une nouvelle fois à une démonstration magistrale de free-jazz sur « Moment of Hesitation« , avec l’incroyable saxophoniste Kamasi et bien sûr Thundercat à la basse, le musicien dont on peut entendre sa voix venue du cosmos sur « The Descent Into Madness« .

Captain Murphy réapparaît sur « The Boys Who Died In Their Sleep » dans une atmosphère macabre où la cause du décès est l’overdose de vicodine. Depuis ce sommeil éternel on rejoint sur « Obligatory Cadence » et « Your Potential/The Beyond » l’au-delà, laissant notre imagination dans l’émerveillement le plus total, dans un espace de sérénité et de paix, en un mot onirique, perturbé par des rires inquiétants avant de se sentir léviter vers le paradis parmi les voix spectrales.

La frustration de la courte durée de certains instrumentaux laisse place à la réflexion de la fugacité, la capture de l’insaisissable, que la vie ne tient qu’à un fil. Sans parler de l’artwork de la pochette et du livret qui évoque avec brutalité et fantaisie la fragilité de nos enveloppes corporelles. You’re Dead n’est pas qu’une expérience chimérique.

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