Pharrell Williams « G I R L » @@@½


Cela fait maintenant quinze ans que Pharrell Williams est à la mode. La moitié des Neptunes et membre du groupe culte NERD est devenu indéniablement un des producteurs les plus novateurs de sa génération, une figure de la musique, une icône même pour certains. Que ce soit le rap, le r&b, la pop ou même le rock, Pharrell a modelé la musique en fonction de sa vision et son inépuisable énergie créatrice. Rappelez-vous avoir passé une seule année qui n’eusse pas été marquée par un de ses refrains ou de ses productions portant son nom, avec ou sans celui de son vieux comparse Chad Hugo?

L’année 2013 a été particulièrement extraordinaire pour notre homme. Il s’est marié avec la mère de son enfant. D’une. De deux, il y a eu ces deux incontournables tubes qui ont tourné l’été, « Get Lucky » des Daft Punk et « Blurred Lines » de Robin Thicke. Il fallait vraiment vivre dans une grotte pour ne pas les avoir entendus. Sans parler de ses nombreuses collaborations, que ce soit avec Aloe Blacc, Mayer Hawthorne, Jay-Z, Miley Cyrus, Beyoncé, NORE, Pusha T, Tyler the Creator,… Et elle s’est terminée en beauté avec le succès mondial de son single « Happy« , tiré de la bande originale de Moi, Moche et Méchant 2. Un clip de 24 heures (!) devenu viral (même les villes françaises s’y sont mises…), un morceau qui passe depuis des semaines en radio, une chanson simplement qui respire la bonne humeur et fait du bien. Ce triomphe est amplement mérité. Cela va bien au-delà de « Frontin’ » en 2003 ou de « Number 1 » avec Kanye West été 2006, tiré de son album « prototype » In My Mind

G I R L est un album léger qui trouve son inspiration dans le passif des Neptunes principalement.

Une paraphe chez Columbia plus tard, le mec le plus type du moment arrive avec un nouvel album, un souhait qui se réalise pour beaucoup, nommé G I R L. Ceci n’est pas un album de r&b au sens commun, ni de la pop, c’est du Pharrell. C’est encore moins un album hybride rap, son alter-ego rappeur Skateboard P étant mis sous silence. Et ce n’est pas non plus un disque estampillé Star Trak mais I am Other, une sorte de boîte à gens à idées. A l’intérieur, dix morceaux qui en cachent un (en piste 8). Pour le reste, comme on le disait : c’est du Pharrell, ni plus, ni moins. G I R L est un album léger qui trouve son inspiration dans le passif des Neptunes principalement, un peu dans la Motown aussi, mais surtout dans ce que faisait le Pharrell d’il y a dix ans, en mettant l’accent sur des airs funky, avec ces guitares presque omniprésents. Par exemple « Hunter » pourrait avoir été écrit pour Kelis à l’époque de Wanderland ou alors « Come Get It Bae » qui aurait le potentiel pour être la prod d’un « Milkshake » bis. Et ce chaleureux « Brand New » avec Justin Timberlake (et ces cuivres!) qui nous ferait rêver d’une suite à Justitied

Dans le fond, et la forme, on pourrait penser que Pharrell Williams n’a pas tellement changé et sa musique non plus, ce qui n’est pas vrai. C’est parce qu’il n’a pris strictement aucun risque sur G I R L. Le but est de faire des morceaux simples et efficaces, passe-partout et pleins de bonnes humeur. C’est light et rempli de petits espaces vides. Alors que l’on était en droit de s’attendre à quelque chose de tellement fantastique et sophistiqué… Le premier morceau « Marylin Monroe« , passé sa belle intro aux violons, nous passe une douche tiède. Malgré cela, on peut friser le nirvana avec « Gust of Wind » (avec les voix robotisées de Daft Punk s’il-vous-plaît), pas autant qu’avec « Run to the Sun » des NERD mais pas loin. Evidemment le single « Happy« , et un autre morceau dans la veine « souris, la vie est cool », « Know Who You Are« , un brin reggae accompagné d’Alicia Keys. Il y a « Lost Queen » très inspiré avec ces choeurs fredonnés qui sort du lot, très joli. On peut être agacé du fait de l’aspect « standard » des instrumentaux, les mélodies et les refrains restent cependant ancré dans le crâne pour un moment. « Gush » et « It Girl » sont aussi très typiques du style du bonhomme au chapeau, tout comme son falsetto, et dans un sens, c’est bien comme ça.

On peut friser le nirvana avec « Gust of Wind« , avec les voix robotisées de Daft Punk s’il-vous-plaît.

Le plus surprenant dans tout ça, c’est que derrière ces chansons se trament des collaborations discrètes qui passeraient presque pour des coquetteries : Kelly Osbourne, Timbaland qui use d’un peu de beatboxing sur « Brand New« , Miley Cyrus (« Come Get it Bae« ) ou alors le grand Hans Zimmer qui s’est occupé de quelques arrangements pour les instruments à corde (« Marylin Monroe« , « Gust of Wind« , « Gush« ). Vous avez bien lu Hans Zimmer, que l’on voit de temps en temps crédité sur des scoring de blockbusters. Sinon d’une manière générale, Mr Williams a été plutôt avare, ce qui peut être une énorme source de frustration.

On reste partagé entre les plaisirs simples et le contentement que procurent cet album et la semi-déception. Pharrell est capable de tellement mieux, il n’a usé d’à peine la moitié de son talent. C’est comme si un grand nom de la haute-couture se complaisait à faire une ligne de vêtements pour H&M… Et c’est un inconditionnel des Neptunes qui dit ça. Insatisfait l’inconditionnel, content mais insatisfait.

 

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