Justin Timberlake « The 20/20 Experience » [Edition Deluxe] @@@@½


FutureSex/LoveSound a enfin (!!!) droit, plus de six années après sa sortie, à son successeur! Le troisième, et très attendu, album de Justin Timberlake, intitulé The 20/20 Experience, est disponible. Qui aurait cru encore à la fin de l’année 2012 que JT ferait un tel retour?

Le vague espoir d’un retour

On sait Justin ultra-polyvalent hyperactif : chanteur et danseur évidemment, acteur, producteur, businessman, entertainer de haut-vol, etc… Cela fait depuis maintenant vingt années qu’il connaît ça, depuis ses débuts au Mickey Mouse Club avant de devenir une star planétaire en tant que membre du boyd-band N*SYNC. La suite, tout le monde la connaît.

Après sa tournée triomphale FutureSex/LoveShow et deux Grammy Awards en 2007, Justin Timberlake s’est davantage tourné vers le cinéma dans des registres assez variés (un second rôle dans The Social Network, la comédie Bad Teacher avec son ex Cameron Diaz, le film d’anticipation Time-Out, Sex Friends avec Mila Kunis), mais même sur le petit écran, impossible de le louper : spots de pub pour Pepsi ou encore Givenchy, des apparitions mémorables au Saturday Night Live ou chez Jimmy Fallon avec qui il performait les séquences « History of Rap » devenues cultes. Sur le plan des affaires, il fait le pari hautement risqué de relancer Myspace, et là aussi, ça marche. Quoiqu’il fasse, quoiqu’il touche, les gens adhèrent, les gens adorent.

Mais au milieu de toutes ces occupations, bien qu’ayant mis sa carrière entre parenthèses, Justin n’a jamais vraiment laissé la musique de côté. Il serait totalement faux de parler de silence radio. Son alchimie avec le super-producteur Timbaland a continué de faire des étincelles (le single « Give It To Me » avec Nelly Furtado) au point que Madonna a fait appel à leurs services pour enregistrer Hard Candy. Il a aidé aussi la chanteuse R&B Ciara à se remettre en selle avec le tube « Love Sex Magic« , écrit pour Rihanna, fait quelques featurings pour les rappeurs T.I. (le single « Dead and Gone« ), Diddy, ou sur une note plus décalée, les lurons de Lonely Island (« Three Way » avec Lady Gaga). On l’a même vu dans le clip de « Ain’t No Doubt About It » du californien Game, sur une production du vieil ami Pharrell Williams des Neptunes.

Mais comment réellement espérer que les deux icônes enregistrent de nouveaux morceaux ensemble si Justin ne donne aucun signe avant-coureur de la probable arrivée d’un nouvel album? Surtout avec un agenda rempli et une vie privée à gérer avec l’actrice Jessica Biel… D’autant plus que Timbo semble se perdre totalement dans de la dance/pop autotunée de très mauvais goût, son album Shock Value 2 est une véritable horreur… Clairement, c’était difficile de croire qu’un album puisse voir le jour bientôt, jusqu’à cette date du 10 Janvier 2013, où Timberlake diffuse un teaser vidéo dans lequel on le voit retourner en studio en terminant par cette phrase: « I’m ready ». 77 jours après, The 20/20 Experience intégralement produit par Timbaland est dans les bacs. Et une semaine après sa sortie, on a encore du mal à réaliser…

Reçu 10/10

Vous l’avez compris, les choses se sont très vites passées. L’album aurait été enregistré en 20 jours et tout un tas de questions subsistaient quant à ce retour surprise de JT. Justement, ça allait être la surprise. Pourtant ce n’est pas gagné d’avance, le premier single « Suit & Tie » avec Jay-Z en featuring suivi quelques semaines après de « Mirrors » n’ont pas immédiatement convaincu à 100%. Puis il y a d’autres chansons présentées en live en avant-première comme « Pusher Love Girl« , ce qui a permis également à Justin d’affirmer l’évolution de son style. Ce n’est plus tout à fait le même homme qu’il y a six ans, et pas seulement parce qu’il a changé de chevelure. Justin est toujours le personnage drôle, beau-gosse, riche, très doué, génial même et plus élégant. Sauf que deux paramètres ont évolué : il a passé le cap de la trentaine et est lié à Jessica Biel par les liens sacrés du mariage. Cette maturité a été évoquée par d’autres journalistes comme un passage vers un mode ‘crooner’. Cela a toujours été un peu le cas depuis le début, on dirait que c’est plus affirmé aujourd’hui. Du coup, la comparaison avec Robin Thicke dans la position du concurrent tout trouvé est venue logiquement alimenter le débat, mais au-delà de quelques similitudes du point de vue style ou registre, ils possèdent un charme, des atouts et une approche musicale qui les diffèrent totalement.

« Pusher Love Girl » est la première chanson de l’album. Précédé par une entrée en matière grandiloquente aux violons majestueux, Justin Timberlake se présente au micro pour une balade amoureuse sur laquelle son falsetto fait des merveilles. Un cap est franchi d’emblée, les orchestres font leur arrivée, et tout de suite ça en jette. Au bout de cinq minutes de magie, avec ces choeurs, le beat change de tonalité avec du beat-box et des ad-libs et paroles où il compare l’amour à une drogue d’une manière assez amusante. Cette extension donne une seconde dimension au morceau… qui s’allonge jusque huit minutes ! C’est ce qu’on appelle communément « faire durer le plaisir ». Le mieux, c’est qu’il le fait sur la plupart des morceaux du disque, qui durent en moyenne près de sept minutes. C’était d’ailleurs un des points très apprécié de son précédent album (« What Comes Around (Goes Back Around) » et « LoveStoned/I Think That She Knows« ).

On pouvait craindre que le fait d’avoir trouvé l’amour rendrait JT plus sage et moins entreprenant musicalement, force est de constater que ça l’a rendu tout aussi inspiré. En ressortent le mid-tempo frais et aérien « Strawberry Bubblegum« , une chanson au rythme finement électro (et qui contient un sample non-déclaré de « I Go Crazy » de Paul Davis) évoquant les prémices d’une passion naissante qui à mi-parcours prend une tournure exotique très agréable, puis ce slow-jam contemporain « That Girl » accompagné des Tennessee Kids. Ah, ces choeurs… Plus langoureux encore, le lit king size se transforme en « Spaceship Coupe« , un down-tempo sulfureux qui nous emmène en apesanteur, dans ce nirvana que provoque l’acte charnel, avec le passage très cliché mais ô combien intense d’un solo de guitare. Les gémissements venus d’une autre planète, c’est beaucoup moins cliché par contre. Ce qu’on appelle « faire la totale », brûlant ! Pour information, le chanteur/auteur James Fauntleroy a co-écrit certaines chansons.

Qu’on se le dise, Justin Timberlake est fait pour le R&B. Il continue de tenir le haut du pavé, le groove est puissant en lui. En parlant de groove, il serait extrêmement difficile de résister à celui de « Don’t Hold the Wall » et ses sonorités orientales enivrantes, avec une fois encore un changement de rythmique dans une outro qui va nous faire danser de plus belle. Quand on se dit « mince la chanson va bientôt se finir », c’est à ce moment précis que Timbo et Justin mettent un coup de turbo et de la sauce piquante pour plusieurs minutes de bonheur supplémentaires. L’autre bombe de The 20/20 Experience est naturellement « Let The Groove Get In« , exploitant une base de musique africaine (« Alhamdulihaali » de Rhythms from the Grassland) pour un résultat plus qu’efficace, chaud et haut en couleur.

Retour sur les singles. Effectivement, les placer dans le contexte de l’album révèle la mesure de leur vrai potentiel. « Suit & Tie » joue entre deux-tempos dans une atmosphère cinq étoiles, avec un passage de monsieur Shawn Carter pour un couplet rap de luxe. Oubliez le « swag », seul la classe compte messieurs et ce morceau l’a assurément. « Mirrors« , gros pavé également, nous ramène dans un autre registre dans lequel Justin Timberlake excelle, la pop. Le beat n’est pas sans rappeler celui de « Cry Me a River« , »
[2]  » ce que certains déploreront mais tant pis, ils subiront les rotations de ce très bon single pendant un long moment. Consécutif à cet avant-dernier morceau, le retour au calme vient idéalement ponctuer l’édition « normale » de The 20/20 Experience. Sur ce qui ressemble à un sample inversé de violon, Justin exploite sa voix comme il l’a jamais fait auparavant dans une ambiance spleen.

Un autre retour

Confirmation: Justin Timberlake est de retour, mais Timbaland aussi. Alors qu’on le croyait presque fini après sa récente déroute musicale. On peut parler sans se tromper de véritable « renaissance ». Timbo est revenu à ce qu’il sait de faire de mieux, à son meilleur niveau. Fini les vulgaires tambouilles douteuses juste conçues pour plaire aux radios. C’est du Timbaland pur jus, le Timbaland qu’on a kiffé de 96 à 2005 dans sa mise à jour 2013, avec ses beats caractéristiques, ses beat-boxes, son goût pour les sonorités venues d’ailleurs (tribales, orientales…), ses gimmicks... Sachant en plus qu’il n’est pas assisté par Danjahandz. Et oui, The 20/20 Experience n’est pas aussi avant-gardiste que le fut FutureSex/LoveSound. Néanmoins la comparaison s’arrête là, ce serait nier degré très élevé de sophistication de cet album, un travail ahurissant sur les arrangements, avec un vrai sens du détail qui ne frise pas la ‘sur-production’. Il faut reconnaître qu’il a fait très fort, même pour des morceaux très typiques de son style comme « Tunnelvision » ou encore « That Girl« . La preuve, on ne voit pas les minutes passer.

La synergie très spécifique que Timbaland et Justin Timberlake ont tissé depuis Justified a sans doute été la clé de leur retour. Il aurait été inconcevable qu’ils reviennent pour nous décevoir. Ils sont tous les deux de grands artistes perfectionnistes, ils se tirent l’un l’autre vers le haut. Leur relation ressemble beaucoup à celle qu’avaient Quincy Jones et Michael Jackson en leur temps, une paire capable de faire de très grandes choses – et tant pis si la comparaison en fera sauter quelques-uns au plafond. Le travail qu’ils ont fourni pour The 20/20 Experience s’inscrit durablement dans le temps, chaque chanson peut devenir un single inoubliable. Ce troisième opus dépasse le cadre des standards musicaux actuels, simplement. Hé bien voilà comment Justin Timberlake, et Timbaland, ont réussi à nous épater de plus belle. Chapeau bas messieurs.

Et ce n’est pas tout à fait fini. La « suite » de cet album est prévue pour le dernier trimestre 2013, avec 10 nouvelles chansons, pour en faire 20.

 

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[Paragraphe bonus] L’édition deluxe de The 20/20 Experience contient deux titres supplémentaires co-produits par Justin himself et Rob Knox. Plus courts niveau durée, dans la « norme » on dira, ces chansons ne sont pas destinées à compléter la matrice de l’album, elles sont juste ce qu’elles sont, c’est-à-dire du bonus, du rab si vous voulez. Le titre « Dress On » n’a absolument pas le standing des 10 titres principaux, il ressemble plus une ébauche très aboutie de suite de FutureSex/LoveSounds. A noter un couplet rappé de Timbaland, ce n’est pas de refus. Le second morceau s’agit de « Bodycount« , assez dansant avec son ambiance latino avec un coup de guitare qui évoque le souvenir pas si lointain de « Like I Love You« .

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