Evidence « Cats & Dogs » @@@@½


Deux scènes rap coexistent en Californie. La scène dite communément Westcoast, que tout le monde connaît, et l’autre, parfois injustement laissée pour compte, la Left Coast. Plusieurs groupes ont émergé de cette scène-là dans les années 90, comme les Pharcyde, Jurassic 5 et évidemment les Dilated People qui a révélé Evidence, Rakaa Iriscience et DJ Babu.

Ce trio en a parcouru du chemin, que ce soit ensemble ou séparément, à passer de l’ombre à la lumière pour retourner dans l’ombre. Des trois, Evidence est sans doute celui qui le plus cumulé de kilomètres de rimes et de tours de platines, en avançant à son rythme.Il a fallu presque trois ans pour Mr Slow Flow, son autre surnom, pour la préparation de son second solo Cats & Dogs chez Rhymesayers Ent.

Un des autres surnoms d’Evidence, The Weatherman (monsieur météo en français), a un lien direct avec l’intitulé de cet opus, puisque selon les anciennes croyances « le chat représente le vent, et le chien la pluie » est-il expliqué à la fin de « The Liner Notes ». EV a toujours été doté d’une intelligence sidérante sur le plan de l’écriture. Prenez « It wasn’t me », le rappeur joue son sur la signification de son blase avec tout un tas de métaphores hallucinantes (« director of photography/ I shoot people »), et l’instru monumental colle parfaitement au concept du titre. Pour info, ‘evidence’ est un faux-ami, il se traduit de l’anglais par ‘preuve’. Voilà comment rien qu’un en seul morceau, il déploie toute son ingéniosité. Aussi, le mystère du 13e morceau manquant, l’intermède « … », est résolu dans les premières rimes de « To be continued… ». Là encore, une idée très habilement exploitée.

L’autre atout de cet album est son frère de son Alchemist, avec qui il forme les Stepbrothers – dont un album commun est prévu pour bientôt – le temps d’un morceau, « James Hendrix ». Alc produit un beat sur trois sur Cats & Dogs, en développant une empreinte spécifique quand il s’agit de faire poser Evidence, le meurtrier « Crash » est une des meilleures démonstrations de leur alchimie. La participation de DJ Premier est un événement qui vaut son pesant d’or. EV a su parfaitement adapter l’inertie de son flow sur le beat déjà-classique de « You » comme s’il passait un test de emceeing. Magique, sa performance est l’égale des grands. Quand Evidence rime avec excellence… Dommage cependant qu’Evidence se soit peu investi lui-même dans la production, car il est vraiment très doué là-dedans. Il a tout de même conçu « I don’t need love », un morceau très personnel sur lequel il raconte comment il a vécu les derniers jours avec sa mère emportée par la maladie alors qu’il était en tournée avec Kanye West.

Vu le niveau de lyricisme très pointu du rappeur, il lui fallait des invités à sa mesure pour s’adonner à des échanges de flows intercostaux très costauds. Sur ce plan, là non plus, rien n’a été laissé au hasard. On peut compter sur Slug d’Atmosphere (co-fondateur de Rhymesayers), Raekwon, Ras Kass, Termanology, son comparse Rakaa des Dilated, ainsi que Prodigy des Mobb Deep et Roc Marciano réunis sur « Fame ». EV/P/Roc Marcy, on ne pouvait pas rêver plus dope pour un triangle de la mort qui pue le caniveau. Sans oublier le chanteur Aloe Blacc qu’on ne présente plus. Puis terminer l’écoute par un autre beat de Primo sur « The Epilogue »… quel pied !

Evidence avait confirmé avec brio son statut de valeur sûre en 2007 avec The Weatherman LP. Avec Cats & Dogs, il est devient un peu plus un élément incontournable dans le hip-hop indie. Lentement, mais sûrement.

3 réflexions sur « Evidence « Cats & Dogs » @@@@½ »

  1. Personellement j’avais bien accroché son premier opus, même si, il est vrai on était encore loin de la perfection quasi-atteinte sur cet album. Faut avouer que tout s’enchaîne merveilleusement, les prods sont varié le tout en gardant une certaine cohérence, rien à dire Evidence à fait très fort.

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  2. Une grosse bombe, j suis d’accord, l’album de l’année. Et pourtant j’étais pas vraiment fan de son 1er solo. Là tout est parfait, j’ai l’impression qu’il a trouvé la manière de poser son flow lent sans que ça en devienne chiant. faut dire qu’il rappe sur du velours là, les beats sont magnifiques.

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  3. pour moi, l’album de l’année: les beats d’ALC sont juste terribles surtout le planant « james hendrix » et « red carpet » mais bon tout est bon, atout majeur par rapport a son weatherman LP qui n’etait pas très homogène selon moi. c’est quand un album a cette qualité que je suis heureux d’investir un peu de moneeey ahaha ! en tout cas super chronique (as usual) kepep goin’ !

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