Gnarls Barkley « St Elsewhere » @@@@½


Cette nuit j’ai fait un drôle de rêve, genre ‘Alice aux Pays des Merveilles’ version troisième millénaire revu par les frères Wachowski. Un bruit sourd, comme un faible grésillement d’enceintes en train de respirer me réveilla en pleine nuit. Mon corps se sentait lourd et mon regard flou attiré par une lumière. L’affichage turquoise de la façade de ma chaîne hi-fi me regardait et éclairait faiblement l’obscurité de ma chambre, puis celle-ci ouvrit sa bouche de plastique aux lèvres en aluminium pour avaler le CD de Gnarls Barkley qui était sur mon bureau. Le ciel de la pièce entra en raisonnance avec la chaîne stéréo, et un orage magnétique se mit à gronder, une brume épaisse et sombre tourbillonnant au dessus de ma chambre. Après un flash violent, puis plus rien, je crus entendre quelquechose bouger dans mon placard, le « Boogie Monster » était là, en train de faire coulisser la porte. Puis son ombre patibulaire et noire de peau finit par en sortir, éclairant la pièce avec une boule de lumière dans sa main, et la lança contre le mur qui s’effaça telle une pellicule en train de s’enflammer.

Chronique originale écrite le 21 Mai 2006

Changement de décor instantané, je croyais reconnaître un quartier de Londres bien kitsch peint à l’encre de chine, envahi par le phénomène « Crazy » qui touche une population anglaise qui a soif d’excentricité. Le temps de trouver mes repères en noir et blanc, je lisais le panneau devant mon nez: « St Elsewhere ». J’aperçûs de dos la personne corpulente, qui s’était introduite pendant mon sommeil, quelques dizaines de mètre plus loin, et je courus comme un dingue le suivre, moi-même poursuivi par l’air de violon de « Crazy ». Le liquide noir dessinait les batîments, les voitures et taxis londoniens, les rues, au fur et à mesure que le bonhomme évoluait. Jusqu’à ce qu’il entre dans un pub, ou une sorte de café théâtre plutôt. Je franchis la porte d’entrée, et les couleurs me ravivèrent la vue, un peu beaucoup d’ailleurs puisque j’étais dans un dessin animé. Dans une ambiance so british, je remarquai en premier lieu sur la scène, un homme au masque de métal qui slammait et n’était qu’autre que MF Doom récitant son couplet de « Benzie Box »; Un gaillard assis les bras croisés devant la scène bougeait la tête, un joueur de basketball qui portait le maillot Charles Barkley. Dans le rôle des piliers de comptoir: Damon Albarn et sa clique des Gorillaz (en cartoon bien sûr), servis par un souriant Jazze Pha en plein happy hour. Sur les murs, j’ai remarqué des disques en vyniles des Beatles à Jay-Z en passant par les Goodie Mob et la Dungeon Family. Quant soudain un très long bras en métal me passa quelques centimètres devant moi et pris un verre de lait depuis une table sur ma droite: c’était un homme un peu maladroit en imperméable, l’inspecteur Gadget, à ma plus grande hallucination. C’était carrément irréel mais fort sympathique, et quel choc quand je me suis aperçu que j’étais en personnage South Park.

Un drôle de serveur s’approchait de moi, c’était ce clown de Cee Lo habillé en bouffon, avec une petite souris portant un T Shirt ‘Danger’ et une perruque crôlée qui se tenait aggrippée sur son épaule. Il s’asseya sur la chaise en face de moi, intrigué et impressionné, et m’expliqua d’abord la présence du détective desarticulé: il m’a dit, en anglais évidemment, que sa liberté de mouvement l’a inspiré pour une chanson de gospel (« Go-Go Gadget Gospel »). Ensuite, sa tête grimagée dévisagea ma caricature en me demandant qui j’étais pour m’être introduit dans sa Soul Machine, à « St Elsewhere ». Je ne savais quoi lui répondre, à part que j’aimais beaucoup sa créativité et l’inventivité de Danger Mouse. Visiblement cela le faisait sourire, et il se mit à philosopher sur la vie et sur le pourquoi du comment. Plus sérieusement, il m’a averti qu’il était le « Transformer » et régissait les lois de son propre esprit et qu’il n’avait pas fixé de limites. Et alors que je l’écoutais parler, sa voix et le temps se sont mis à s’accélérer sans quand je me rende compte que le café dans lequel je me trouvais avait fait place à des circuits électroniques. Cee Lo se leva, et la chaise sur laquelle j’étais assise me retenait. Notre artiste m’injecta un drôle de produit avec une piqûre qui ressemblait à un distribiteur de bonbons Pez, dont la graduation ressemblait à une barre de téléchargement. Arrivé à 100%, je me suis retrouvé aspiré dans des boyaux de circuits électroniques. Le voyage ne faisait que commencer.

Pendant le chargement, toujours assis, une musique d’attente (« Online ») me faisait patienter. Cette fois, quand le transfert fut terminé, deux portes s’alignèrent, dont une avec un sens interdit. L’autre ressemblait à une carte Joker: ce fut celle-ci que je choisîs de passer. Nouveau choc encore pour mes yeux et oreilles : ça tenait plus du jeu vidéo comme les Sims que du film d’animation. Je me retrouvais dans une usine à smileys, avec des tas de petits bonshommes heureux de travailler à la chaîne pour fabriquer des :), ;), :D, :P aussi… Des parlophones chantaient « Smiley Faces » sur un rythme entraînant, motivant tout ce petit monde à s’affairer à leurs tâches respectives. Une porte avec une tête de souris masquée comme celle de la pochette de Dangerdoom semblait indiquer la sortie de cette manufacture, d’après mon intuition. A peine franchie, je me retrouvais en face d’une ville futuriste aux formes arrondies dans un style japonais ’80s revival’, d’après ma vision pixellisée, un peu comme les clips de Daft Punk. Fasciné par cet univers étrange, je marchais seul asking myself lots of questions about me, but « Who Cares? » It doesn’t matter. Paie ton franglais. Au détour d’un regard ahuri, je suivis instinctivement une jeune demoiselle aux formes généreuses sur un air pop/rock électro (« Gone Daddy Gone »). Et la faim se fit soudainement sentir, et une drôle d’envie de manger des sushis. Comme par hasard entre deux buildings au design rétro-avant-gardiste nippon, se tenait un restaurant japonais « The Feng Shui ». Ma vision était devenue celle d’un manga, retour au N&B à l’encre de chine. Tiens, revoilà Cee Lo dans un kimono noir assis sur le parquet devant une table basse déclamant quelques versets. Dans un coin de la pièce, Danger Mouse essayait maladroitement de manger du riz avec des baquettes. Mais après soixante secondes de rap, Cee Lo m’affronta du regard et m’invita à m’assoir face à lui venir boire le liquide dans le bol qui se trouvait sous mon nez. Mais rien qu’en plongeant ma tête dedans, j’ai basculé dans un nouvel univers encore. Décidément, ce rêve n’a ni queue ni tête.

Ecroulé parterre, dans un désert mexicain, rocheux et poussiéreux. Sous un sombrero, Danger Mouse jouait de la guitare sèche tranquillement, sans trop se soucier de Cee Lo qui se situait au bout du canyon au loin, la tête baissée en train de se parler tout seul (« Just A Thought »). Voulant l’empêcher de tomber dans le précipice, je tentais de m’approcher de lui mais à chaque fois que son chant plaintif arrivait à mes oreilles, un beat à la DJ Shadow provoquait un tremblement de terre et me faisait perdre l’équilibre. Tombant sur mes genoux une Nième fois, le sol se fissura et le monde s’écroula sous mes jambes, et je me suis mis à tomber dans une longue chute vertigineuse, dans le vide noir absolu. Là je pensais en avoir fini, entendant une voix me disant de me lever. Et je me suis levé, cloisonné dans un cercueil ouvert à l’air libre. Debout, la tête au niveau du sol, je cherchais à me dépétrer en m’accrochant à la terre quand une main se tendit vers moi. Je relevais la tête et vit un spectre sous une capuche, un « Necromancer ». Je saisis tout de même la main sans trop réfléchir et me suis retrouvé sous une pleine lune grimaçante, dans un cimetière bien glauque et extravagant digne d’un film de Tim Burton. Je reconnûs encore Cee Lo à travers sa silhouette imposante. Il n’y avait pas de nom sur la pierre tombale en dessous de laquelle j’étais allongé, mais les autres tombes portaient le nom de ses victimes féminines et des autres démons qui le hantent. Il me raccompagna jusqu’aux grilles de l’entrée du cimetière, qui donnait sur une longue autoroute sans fin éclairée par des éclairs d’orage. Sans trop comprendre pourquoi, paniqué, je me mîs à courir le long, pris en chasse par un cyclone (« The Storm Coming »), le même que celui qui s’est dessiné dans ma chambre. Les mouvements du vent m’attirait vers son oeil, jusqu’à ce qu’il m’aspire dans les air. Et là, « The Last Time », générique de fin du film.

Je me réveillai en sursaut et repris doucement mes esprits, respirai un peu. J’étais bien rassuré de me retrouver dans ma piaule, un peu angoissé dans le noir, d’autant plus que ma chaine hi-fi était restée allumée. Cela m’apprendra à écouter en boucle le même disque toute une journée. Unique en son genre. C’est plus que du hip hop, c’est génial.

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