Tony Yayo « Thoughts of a Predicate Felon » @@½


La machine G Unit roule toujours avec cette image du groupe gangsta qui aime se faire détester. Poule aux œufs d’or de chez Interscope depuis plus de deux ans, on voit 50 Cent et ses lieutenants partout : dans les magasines, dans les publicités pour leur ligne de vêtement, sur MTV, bientôt au cinéma, sur nos radios. Marketing de masse oblige.

Tony Yayo est le dernier membre du G Unit à son sortir son exercice solo : ‘Thoughts Of A Predicate Felon’. Sa popularité, qu’elle soit en bien ou en mal, a déjà atteint des sommets alors qu’il était encore en prison grâce à la campagne ‘Free Yayo’. Plus besoin de présenter ce gaillard qui se fait porter maintenant comme le porte-parole du groupe et du label G Unit Records pour lui assurer une meilleure exposition médiatique.

Note : je me rappelle qu’avant sa sortie à la rentrée 2005, moment où j’ai écrit cette chronique (qui n’a pas ou peu été retouchée), Tony Yayo avait raconté qu’il vendra 700 000 la semaine de la sortie de l’album. Au final, c’est ce qu’il aura vendu au total. La première douche froide du G Unit, le point de départ de leur chute ?

Son personnage, le Talk Of New York (T.O.N.Y.), c’est celle du rappeur gangsta chic trop classique et bourré d’égo qui n’a que faire des haters (« Tattle Teller » avec sa pique envers Fat Joe et « We Don’t Give A Fuck »). L’humilité, ça n’a pas l’air de lui connaître quand on est déjà célèbre avant d’avoir montré de quoi on est capable. Sur « Love My Style » (dont la prod de MegaHertz reprenda le sample de violon de « Toxic » de Britney Spears), il adresse un message à tous ceux qui se sentent concernés en prenant tout le monde de haut. Ce morceau fait d’ailleurs curieusement penser à « Like My Style » sur ‘Get Rich Or Die Tryin’, où il apparaît en guest.

On s’était déjà fait une idée du style de Tony Yayo grâce à quelques de ses couplets et performances pendant ses passages en featuring sur les albums de ses collègues. Les fans le qualifiaient déjà comme le meilleur membre du G Unit, et les autres ne demandaient qu’à voir s’il pouvait répéter ses prestations sur un album entier. Bref, tous les espoirs d’un très gros album reposaient sur Tony Yayo. Pour commencer, il fallait s’attendre évidemment à ce que 50 Cent chante (à peine juste) le refrain du single « So Seductive » dont le couplet de Tony démarre assez tard. Avant d’arriver à ce morceau, ‘Thoughts Of A Predicate Felon’ commençait plutôt bien avec le très cru et glauque « Homicide » (prod. Domingo). On connaissait déjà Yayo pour ne pas faire de la demi-mesure lorsqu’il s’agissait de faire du descriptif, à tel point que ça en devient presque trop simple.

La recette G Unit reste souvent la même : couplet – refrain (chanté) – couplet. Tony Yayo chante aussi les siens, et un poil faux comme sur « Pimpin’ » (prod. LT Moe) et un couplet de « G Shit ». Sérieusement c’est quoi cette manie de chanter ses chœurs quand on est rappeur ? La seule personne qui les interprète dignement, c’est bien sûr leur chanteuse r&b Olivia, et pourtant elle n’a rien d’exceptionnel comparé au reste des artistes r&b féminins. Et aussi Joe (« So Curious » de Sam Sneed) et Jagged Edge sur « Project Princess », dont la production rappelle celle de « 21 Questions » de 50 Cent. Au total, ça fait déjà trois chansons style gangster tue-l’amour totalement hors sujet.

Malgré des lyrics percutants il faut l’admettre, Tony Yayo se donne des airs un peu trop rageux sur certaines tracks, poussant la voix jusqu’à presque grogner ou rugir, ce qui a effet de lasser par moments. Des invités d’honneur améliorent la qualité de ‘Predicate Felon’. Focus, collaborateur de ce bon Dr Dre, qui lui offre un instrumental de seconde main sur l’authentique « Live By The Gun » (« die by the bullet »), au beat un peu similaire à « Gunz Gon’ Come Out » de 50 Cent. Eminem, le producteur et le rappeur, et son poulain Obie Trice assurent la mise en scène (« Drama Setter ») et le reste du G Unit unis pour « I Know You Don’t Love Me », avec un très bon verset de Young Buck. À force de faire des morceaux comme quoi on ne les apprécie pas (trois chansons portant sur ce sujet rien que sur cet album), c’est ce qu’il va forcément finir par arriver un jour ou l’autre, si n’est déjà le cas.

En fin de compte, Tony Yayo a fait des morceaux ‘hood’ avec sa rage caractéristique. Seul problème pour une personne qui aime se faire aimer ou détester (à vrai dire il nous laisse pas tellement le choix), c’est le nombre d’égotrips genre “tu me hais et je m’en fous j’suis riche et gangsta et pas toi” et de chansons à tendance r&b qui reviennent souvent. Peut-être que le ‘Toy Soldier’ est victime de son succès précoce bien avant la sortie de ‘Thoughts Of A Predicate Felon’. Son histoire, on la connaît déjà : ses deux ans de prison et autres fabulations… Tout ça pour dire que par rapport à 50 Cent, Lloyd Banks et compagnie, c’est toujours la même chose chez G Unit : les thèmes, les producteurs, la structure des morceaux, les refrains, etc… 50 lui a tracé le chemin lui permettant d’être disque de platine en quelques semaines à peine avant de finir au fond des charts très vite après, genre trois petites écoutes et pis s’en vont.

On était en droit de s’attendre à mieux venant de Tony Yayo après nous avoir mis en haleine avec ses apparitions en feat. Entre tactique commerciale pour aguicher les groupies avec le fantasme de la prison et véritable talent, la balance de ‘Predicate Felon’ penche pour la première alternative. Entre apprécier le rappeur ou la personne, à vous de choisir.

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