The Pharcyde « Labcabincalifornia » @@@@½©


1995 semble être l’année qui a marqué la fin de grands groupes de Hip Hop/Jazz : Pete Rock & CL Smooth, A Trice Called Quest et leurs homologues Westcoast, ou plutôt Left Coast comme on cite souvent, les Pharcyde (‘far side’ si vous n’aviez pas deviné). Pour les auteurs du mémorable Bizarre Ride II the Pharcyde, Slim Kid, Fat Lip, Bootie Brown et Imani, leur carrière a dû malheureusement être sabordée par la force des rouages cruels de l’industrie musicale, alors qu’ils étaient au sommet de leur art avec leur second album, Labcabincalifornia. Ah pardon, ils ont sorti Plain Rap en 2000 alors qu’ils étaient amputé d’un membre (Fat Lip), une seconde chance ou plutôt rendez-vous manqué et décevant qui a replongé le groupe dans une profonde léthargie.

Quand ce disque est sorti en 95 chez Delicious Vinyl donc, il annonçait un certain Jay Dee sur cinq productions (plus une coproduction), la majorité étant répartie entre les divers membres des Pharcyde, la moitié du groupe ayant la casquette de producteur. À l’époque, il s’agissait de Jay Dee, le producteur de Detroit rattaché à The Ummah (ATCQ), celui qui allait modeler une bonne partie du paysage Hip Hop les dix années d’après. Son empreinte sur Labcabincalifornia a marqué les esprits, puisque c’est lui qui a réalisé les instrumentaux des fabuleux « Runnin’ » et « Drop », plus connu grâce à ce clip de barjo entièrement tourné à l’envers (où l’on apercevait les Beastie Boys pour le clin d’œil). Deux morceaux absolument intouchables qui font partie du best-of souvenirs Hip Hop old school.

On apprécie beaucoup les quatre rappeurs, leurs flows solides et posés à la fois, livrant des lyrics conscients non sans humour, qui posent tranquillement sur des instrumentaux parfois smooth She Said », « Y? », « Moment in Time »…) avec cette vibe typiquement californienne, des sujets abordant les relations avec les femmes (« Groupie Therapy » produit par Diamond D des D.I.T.C.), l’herbe (« Splattitorium »), et les clichés relatifs à la musique rap (le très lourd « Devil In The Music »). Il serait dommage qu’un microcosme de connaisseurs ait pu bouger leur tête sur ces incontournables pharcydiens, alors que cet album devrait figurer sur la liste des indispensables Hip Hop plutôt que dans celle des oubliés du rap game.

À l’ombre d’une côte Ouest envahie par la déferlante G Funk et le gangsta-rap d’une manière générale, les Pharcyde ont livré leur dernier et ultime classique. Le clou d’un chapitre qui fut la porte ouverte à d’autres groupes phares de cette autre scène west ‘alternative’ (au gangsta rap s’entend) comme les Jurassic 5, le crew des Hieroglyphics, Blackalicious ou encore les Dilated People pour ne citer que les plus représentatifs de la scène alternative westcoast. On quitte le Labcabincalifornia avec « The E.N.D. », le générique de fin symbolique, sans nous laisser avec un sentiment de révolte, comme lorsque quelque chose de trop beau s’achève contre la volonté collective.

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