Puff Daddy & The Family « No Way Out » @@@@½


Nous sommes en 1997 et la Eastcoast venait de perdre un très grand soldat : Notorious BIG, l’un des meilleurs MC que la planète rap ait engendré dans les années 90. C’était entre autre le meilleur ami de Sean « Puffy » Combs alias Puff Daddy, le businessman/ entertainer/ rappeur et responsable du label Puff Daddy Records devenu Bad Boy Records. Sans lui, Biggie n’aurait jamais pu être découvert et connu le destin (tragique) qu’il a vécu et inversément, Puff n’aurait jamais pu engrosser de telles recettes et de succès, ni avoir la fâcheuse habitude de danser dans des clips.

L’un n’était rien sans l’autre et réciproquement. ‘Life After Death‘ venait tout juste de sortir et l’assassinat de Notorious BIG aurait pu tout stopper net. Pourtant ça n’a pas empêché Puffy et Mase de tourner le clip de « Mo’ Money Mo’ Problems ». Et à Puff Daddy de saisir l’opportunité de sortir ce premier album ‘No Way Out’ quelques jours après que la vidéo cartonne sur MTV, où l’ombre fantômatique de Christopher Wallace plane tel un spectre, normal puisqu’il en est le producteur éxécutif.

Rétrospective écrite en Octobre 2006


Puff Daddy & The Family n’est pas réellement un album solo, puisqu’il présente les artistes recrutés par notre homme d’affaire new-yorkais : Mase, Black Rob, le groupe de r&b 112, Carl Thomas, The Lox (Jadakiss, Sheek Louch et Styles P), quelques-uns servant de ghostwriters, et Faith Evans (la veuve de Notorious BIG) qui s’occupe des choeurs et des backs tout le long de l’album. Puffy a envoyé un faire-part de décès à de nombreux autres rappeurs/chanteurs pour comémorer en la mémoire de Biggie : Busta Rhymes, l’amante Lil Kim et son ex-amie Foxy Brown, le célibataire très en vue Ginuwine, la tornade Twista, Jay-Z qui reprenait la relève… Car en fait, on a vaguement l’impression sur la pochette de ‘No Way Out’ que tout le monde rentrait de l’enterrement du défunt MC vu leurs airs graves. La photo au dos du boîtier paraît irréelle: Biggie se tient à côté de Puffy, assis juste devant une pierre tombale. Si cet album aurait pu être baptisé autrement, ‘Too Young To Die‘ aurait été une bonne alternative. Sincèrement, c’était la meilleure manière pour Puff Daddy de faire le deuil de Notorious BIG et de lui rendre un ultime hommage. « I’ll Be Missing You » reste, et restera, une magnifique chanson en la mémoire du King of New York, même si elle sample facilement « Every Breathe You Take » de Sting. Cette chanson a rassemblé un nombre incroyable de fans, et a connu un immense succès international. On en reste encore ému par les paroles, le témoignage de Puff Daddy, les chants des 112 et de Faith Evans, c’est inoubliable.

La teinte de l’album est bigrement sombre et triste en partie. Les Hitmen ont mis l’accent sur des productions mélancoliques et des samples de violon, de piano très mélodiques chargés en émotions, particulièrement sur les morceaux en solo de Puffy (« Pain », « Do You Know » et  » What You Gonna Do »). Ce n’est clairement pas un bon rappeur mais ses interprétations n’en demeurent pas moins convaincantes, surtout sur le dramatique « Is This The End? » (avec Twista, Ginuwine et Carl Thomas au chevet). D’autant plus que Puff ne cache pas ses idées noires, dont Biggie conceptualisait sur ses oeuvres, c’est dire la (mauvaise) influence. Des moments d’introspection face à la mort qu’il nous partage sur l’interlude très soulful « If I Should Die Tonight« . C’est curieux le destin des fois, Notorious BIG se disait prêt à mourir et évoquait la vie après la mort, et il semble que Puffy en était encore ébranlé par cette dure réalité qui a rattrappé la fiction. Cela nous a tous marqué dans nos esprits, lui en premier puisqu’il a vu la mort de près.

Des couplets de Notorious BIG enregistrés juste avant son assassinat, trois apparitions post-mortems de haute teneur et incontournables en guise de legs, c’est ce qui va aider Puff Daddy a surélever le niveau de ‘No Way Out‘, pour ne pas dire rentabiliser en d’autres termes. La première est sur le fédérateur « Victory« , avec un jeune Busta Rhymes au top de sa forme qui énergise le refrain telle une bourrasque, Puffy achevant avec le mégaphone. Ensuite, Biggie et Puff invitent Jay-Z sur un pur morceau gangsta new-yorkais, « Young G’s« , une sorte de passation de couronne entre les deux natifs de Brooklyn, Jigga reprenant bien sûr le flambeau. Et puis, impossible de rater « It’s All About The Benjamins (Remix) » feat Lil Kim & The Lox (l’original était une terrible version rock), avec le passage de BIG sur un sample des Beastie Boys. Rien que d’entendre la voix et les rimes de Notorious sur ces morceaux suffisent à en faire des classiques.

L’autre bonne moitié de ‘No Way Out‘, c’est du Puffy tout craché, c’est-à-dire des bons vieux tubes qui samplent grassement des chansons ultra-connues issues de la funk ou de la pop, parfois deux pour un seul morceau. Il faut dire qu’il avait amassé une fortune conséquente et suffisante pour se payer des droits d’auteur. Aussi, après les Trackmasters, Sean Combs et son équipe ont enfoncé le clou en rendant le sampling très mainstream. Ainsi, on a eu droit à une ré-interprétation de « All Around The World » de Lisa Stansfield par Notorious BIG au refrain, sur une boucle grillée de « Let’s Dance » de David Bowie. Ce méga-tube du duo Puff Daddy/Mase s’ajoute à celui de « Can’t Nobody Hold You Down » qui repompe l’éternel classique « The Message » de Grandmaster Flash & The Furious Five avec un refrain inspiré de « Break my Stride » de Matthew Wilder. Dans une moindre mesure, « Friends » et « Don’t Stop What You’re Doing » (qui figurent les soeurs ennemies Foxy Brown et Lil Kim respectivement) jouent la carte des morceaux gonflées en basses, là aussi repris de tubes funks. A noter aussi les très bonnes prestations de Black Rob (« I Love You Baby« ) et des The Lox (« I Got The Power« ).

No Way Out‘ a vraiment établit Bad Boy Records vers son hégémonie, catapultée préalablement par ‘Life After Death‘ et ‘Ready To Die‘ de Biggie. Partout, dans les charts, les ondes radio, les chaînes télé (MTV et compagnie)… Une domination sans partage pour Puff Daddy et sa clique, puisque Mase et The Lox ont sorti leurs disques dans la foulée (avec des consécrations de platine pour Harlem World et Money Power Respect), sans compter les remixes et featurings innombrables qu’ils ont produit. Pour information, ce premier album de Sean « Puffy » Combs a cumulé plus de six millions de ventes (physiques on parle) rien qu’aux Etats-Unis, un succès que l’on doit légitimement à Notorious BIG : ‘No Way Out‘ lui est dédié. En tout cas, que l’on aime Puff Daddy (P Diddy avec ou sans le P peu importe) ou pas, cet opus est un must, quoi qu’on en pense.

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