Jay-Z « In My Lifetime, Vol. 1 » @@@½


Après avoir contracté un deal avec Def Jam Recordings pour son label Roc A Fella Records, Jay-Z voit les choses en grand en développant nouveau concept dans le rap : faire une trilogie et In My Lifetime en est le premier volet de cette trilogie ‘Life’ . Le virage de ce second album n’est guère évident, Jigga est en plein succès consécutivement à un Reasonable Doubt qui allait bientôt gagner le titre de classique. Entre-temps, il aura perdu un être cher, l’immense Notorious BIG. Par défaut, Jay devient la grosse star de Brooklyn et pourra s’apprêter à reprendre le titre de King Of New York, mais pas immédiatement. In My Lifetime est un second album mal aimé et par ricochet, mésestimé. En effet, même si ce volume a atteint la consécration de platine, Jay-Z s’est lancé dans un style plus facile, plus accessible, limite crossover…

Retrospective écrite en 2004 revue en 2016

Sorti fin 1997 aux US, beaucoup de fans s’attendaient à une suite logique de Reasonable Doubt. Mais ça n’était pas le cas. Ce Volume 1 est sorti en plein contexte de gloire Bad Boy, qui martelait les ondes radios et hertziennes avec ses myriades de tubes. Puff Daddy et ses Hitmen ont d’ailleurs infecté la production de l’album, notamment le beat tranchant du hit « I Know What Girls Like » avec Lil Kim. Cette collaboration avec Puffy et sa clique de producteurs après la disparition de Biggie pourrait être presque perçue comme un drôle d’héritage. Pourtant, l’introduction signée DJ Premier présageait une future bombe dans la lignée de Reasonable Doubt. « One Million And One Question/Rhyme No More » est un concept de morceau en deux parties, dont le premier mouvement sample la voix d’Aaliyah. Premier signe d’une tournure de la r&b de ce deuxième opus…

Et c’est bien ce qu’il se passe, In My Lifetime est effectivement un métissage de rap et r&b. Des grands noms comme les Blackstreet (« The City Is Mine » produit par Teddy Riley et Chad Hugo des Neptunes au saxophone), Babyface (« Always Be My Sunshine » avec Foxy Brown) ou la chanteuse Kelly Price encore inconnue (« You Must Love Me« ) sont conviés, ce qui devait pourtant attirer la curiosité d’un public moins habitué au rap. « Lucky Me » trempe un peu aussi dans la soupe, comme un cheveu pendant un début de calvitie… Un pas a été fait vers le grand public mais la réaction a été bizarrement l’inverse, puisque c’est le volet de sa trilogie le plus boudé par les puristes.

Une chose n’a heureusement pas changé, c’est le talent de l’auteur. De très bons textes (« Imaginary Prayer« ) à des fantasmes de hustlers (« Real Niggaz » feat Too $hort, « Street is Watching« ), en passant par une comparaison très subtile sur « Rap Game/Crack Game » qui donne les clés sur la façon dont Jay-Z et ses comparses gère l’entreprenariat. Sans parler de la suite de « Friend or Foe » millésime ’98, avec de nouveau Primo sur le beat. In The Lifetime ne marque pas seulement un style crossover mais aussi du rap plus ‘mainstream’, comme le confirme le tube « Who You Wit » ou le très bon « Face Off » (feat Sauce Money) mis au point par les hitmakers numéro 1 à la fin des années 90, les Trackmasters.

Un pied droit dans la ‘street’, le gauche dans le rap dit commercial, c’est l’hypothèse avancée pour expliquer cette baisse de popularité et par corrélation, de ventes. Pourtant Jay-Z s’est très bien accommodé à ce style, cette stratégie comme le mélange musical en lui-même n’avaient absolument rien de maladroits, l’objectif était de s’adapter aux besoins du public de l’époque. De plus, In My Lifetime était album introspectif, plus personnel, comme le sont généralement les seconds albums. Mais le succès en demi-teinte remettra Shawn Carter en question et l’incitera à rebondir vite et fort, ce sera l’objet du second volume.

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